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Mois : décembre 2016

Démolition : N°16 rue de la Convention, Villeurbanne

Démolition : N°16 rue de la Convention, Villeurbanne

N°16 rue de la Convention, à gauche le N°18

De passage à proximité de la place Albert Thomas, jadis place de la Cité Lafayette, et ayant  lu sur le panneau placardé contre le N° 16 de la rue de la Convention, fragile et ingrat petit édifice villeurbannais, « Démolition partielle de bâtiments » au « 16 et 18 rue de la Convention » j’étais curieux de savoir quelles seraient l’ampleur et la nature des démolitions sur les bâtiments désignés. A ces fins j’avais pris des photos, paré au jeu des 7 erreurs.

Voici donc le résultat d’une « démolition partielle » exercée sur les N°16 et 18 :

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Emplacement du N°16 rue de la Convention, à gauche le N°18.

Si on distingue à gauche sur le cliché le N°18 intact inchangé, le N°16, lui, parait avoir été victime d’un escamotage bien plus entier que partiel. Bravo, super.

– Mais qu’est ce qui peut bien faire qu’on écrit toujours autant de conneries sur ces panneaux bon sang, me questionnais-je alors, à la lueur grisâtre du matin suivant, devant mon bol de céréales, pétri de perplexité au sujet de la bombe impromptue qui s’était abattue à deux pas de chez moi.

C’était en vain que j’adressais en moi-même de telles questions, lesquelles, par l’épaisseur du mystère qui les entoure – nous le savons à présent- relevaient presque de l’incantation. Mais  je profite en revanche de l’occasion pour diffuser l’impérieux message que m’a inspiré cette réflexion qui n’allait pas sans l’épiphanique vérité de Noël. Et c’est aux cancres de toutes espèces que je souhaiterais l’adresser, ceux du rang du fond. Oui, vous qui à mon instar lors de l’interro d’anglais séchiez et tout à la fois osiez,  la où d’autres eussent reculé, sans balancer devant l’emploi d’une forme inédite d’un prétérit d’un verbe un peu relou, ou à la confection sur mesure et non moins hardie du fameux vocable qui vous manquait en classe d’espagnol en vous disant « bah, ça se tente ». Vous en usiez sans grande conviction, sans grande science, ni grand conscience enfin, mais toujours portés par la force du cœur, et tels enfin vous décliniez les lettres au hasard et au gré de votre fantaisie, comme si ces lettres puis les mots ensemble n’eussent d’institution ni de sens que ceux que vous voulûtes leur accorder :  voyez donc quelle bénédiction a inspiré à son tour ces bons commis à la voirie, et autres troubadours des temps modernes au casque jaune, auxquels comme à vous jadis, la seule consigne de rédaction semble avoir été :

« Respirez, détendez-vous et surtout suivez votre instinct, écoutez votre cœur, vous pouvez écrire tout ce qui vous passe par la tête aujourd’hui sur ce panneau, de toutes façon tout le monde s’en fout. »

C’est sur ce modèle que je me suis emparé du sujet pour proposer mes propres versions pour ce chantier.

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Le propos n’étant évidemment pas d’incriminer à la légère qui que ce soit dans cette affaire pour des histoires de numéro ou de choix des mots. Non. Imputer une irrégularité d’affichage relevant d’une imperfection de dénomination ou de décompte dans ces numéros serait  d’autant plus oiseux qu’on sait combien il s’avère difficile parfois de compter correctement et sans risque d’erreur au-delà de 10, soit le nombre de doigts dont on dispose d’ordinaire pour s’assister dans la tâche.

Et puis, ça va,  c’est Noël.

Aussi, et par respect de l’esprit de Noël, je m’en tiendrai à de simples observations aussi objectives que possible, juste de quoi poser les repères élémentaires à l’appréhension d’un panneau de voirie, tel qu’il figurait ici dans sa démolition partielle de bâtiments au 16 et 18 rue de la Convention.

– Ainsi le plan cadastral tiré de cadastre.gouv.fr, qui semble une source officielle qui permettra de se mettre au clair sur la localisation et l’attribution des N°16 et 18 :

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Sources : cadastre gouv Parcelle 14 Feuille 000 CO 01 – Commune VILLEURBANNE (69)

– Ainsi la définition du terme  partiel : Qui constitue une partie (d’un tout) » extraite du CNRTL, là encore une source qui parait officielle.

– Je crois enfin le terme démolition parfaitement inutile à définir, ici à Villeurbanne, car nos contemporains en ont une parfaite intuition qui leur suffira.

***

Cette petite maison ne payait pas de mine. Depuis un incendie, intervenu à une date récente et auquel son projet de démolition partielle ne devait rien, elle ressemblait davantage à une crotte fossilisée. Il n’empêche, je la soupçonne de se tenir là depuis les origines du quartier,  soit les années 1830, époque dont trop peu de maisons du coin ont subsisté pour pouvoir porter un témoignage urbain très conséquent. Et puis, rappelons-nous au passage que les choses à nos yeux bien souvent ne sont rien d’autre que ce qu’elles paraissent être devenues à force d’abandon et de négligence.

Démolition : N°117 & 119 rue Baraban

Démolition : N°117 & 119 rue Baraban

« Risque d’effondrement »

Ne vous laissez pas impressionner par l’insoutenable caractère d’incertitude auquel relègue cet affichage et raccrochez-vous à de rassurantes convictions : à l’heure où je parle, les deux maisons qui en faisaient l’objet sont d’ores et déjà réduites à un insignifiant et inoffensif tas de gravats. Ouf, la catastrophe a été évitée de justesse.

Il y a eu du remue-ménage ce mois-ci dans le secteur. Les expertises avaient révélé que les maisons à démolir présentaient le risque de se démolir toutes seules. Le monde entier, le quartier surtout, retint son souffle. Ce providentiel état de vétusté conférait aux deux condamnées un inouï et paradoxal surcroît de longévité. Mais cela n’entamait nullement le projet de les abattre, tout au contraire, on s’agitait. Et s’il était question de hâter le nécessaire, excluant par la même la possibilité de les laisser s’effondrer par leur volonté propre, sécurité oblige, c’était surtout que ces choses-là ne se font pas. On le comprend, la profession était bafouée voire mise en danger.

Le mal était là. Le programme de démolition pâtissait d’un état de ruine avancée d’immeubles ruinant un calendrier de ruine organisée et programmée cinq ans à l’avance. Et on n’est jamais aussi sérieux que devant des choses qui ont été planifiées, arrêtées, balisées. Ainsi on pressait ces maisons de se tenir droite le temps de venir leur mettre un bon coup de pelle.

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Carrefour des rues Baraban et paul Bert, vue en direction du Nord. Les maisons démolies sont tout au fond.

La rue enfin a été barrée et des panneaux placardés. Il y a 15 jours, j’ai même croisé un monsieur qui était dans ces affaires  et qu’autant d’incertitude paraissait jeter dans l’embarras. Son front perlait à grosses gouttes en plein mois de novembre. C’est qu’il avait «une démolition à faire» (je cite). Il en parlait au téléphone, d’une façon que d’autres auraient employée pour évoquer l’angoisse de leurs courses de Noël deux jours avant le rush. Le soir sans doute quand sa femme l’interroge à table sur l’avancée de la démolition, elle lui demande pour lui remonter le moral : «Chéri, ça avance cette démolition ?».  Mais pour lui, c’est le drame ; il répond, contrit, les yeux tournés vers sa soupe où flottent quelques croûtons impitoyables devant sa détresse : « Ah, hélas, je crains que les formalités de cette démolition ne puissent s’exécuter dans les délais, à moins que ces garces de maisons ne tombent toutes seules sur la tête des passants, ce qui serait un drame pour la profession. »

Fort heureusement nous savons le fin mot de l’histoire, ces aléas ont été surmontés, tous. Ça a été, en clair, beaucoup d’incertitudes dépassées grâce à davantage de professionnalisme. Ainsi, les maisons ont pu être sauvées in extrémis de l’effondrement grâce à leur démolition :

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Démolition en voie d’exécution aux 117 et 119 de la rue Baraban

***

La rue Baraban dans ses tronçons encore préservés ne manque pas d’allure. Le carrefour qu’elle forme au croisement de la rue Paul Bert est remarquable à plus d’un titre. L’ensemble  mériterait une présentation plus ample et j’aurais l’occasion d’y revenir. Bornons-nous à dire qu’il s’agit de constructions de la seconde moitié du XIXe d’allure faubourg et qui présentent aux numéros voisins que sont les 123 et 125 de remarquables remplois d’époque beaucoup plus anciennes : niche et arcs en pierre de taille du XVIIe, balcon du XVIIIe, autant de formes surprenantes si loin du centre-ville.

Mais quel tort ne lui ferait-on pas en le réduisant à un simple et élégant cadre de théâtre, puisqu’il est également authentique cadre de vie, témoins les intéressants commerces qui l’habitent.

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Angle des rues Baraban et paul Bert. Vue en direction du sud. Source : Google Maps

Pour finir je dirais que les deux maisons précédemment citées, sises aux N°117 et 119 et qui ont transformé leurs chances d’effondrement en authentique effondrement – effondrement contrôlé cela s’entend – étaient le prolongement nord du cadre de vie ainsi présenté. Le projet qui sévit ici dépossède donc le quartier. Certains experts reconnus en dermatologie, de passage, ne rechigneront pas à la comparaison avec une sorte de lèpre urbaine qui se propagerait depuis le nord, transformant en gros pâté tout ce qu’elle touche. Attention donc en traversant la chaussée.

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Rue Baraban, avec au 1er plan le 115 face au couchant, préfigurant la suite des opérations.

Passons. Le reste, l’ensemble mitoyen composé des N° 121 et 123 doit faire l’objet d’une réhabilitation tandis que le 125 à l’angle de la rue Paul Bert doit subir, lui, une démolition partielle mais suivie de « reconstruction à l’identique ». Affaire à suivre et pour la bonne voie de laquelle les prières de toutes espèces sont les bienvenues.

Quelques informations supplémentaires sur le projet ici.

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Enfilade rue Baraban du 115 au 125 dont les 1ers N° sont à présent effondrés/démolis.
Association Les ateliers La Mouche

Association Les ateliers La Mouche

Cette (honorable) association créée en juillet dernier, se donne pour tâche la protection et la valorisation des anciens ateliers de la Mouche, dont le devenir, en plein cœur du 7e arrondissement de Lyon, est aujourd’hui en question. Afin d’asseoir son propos, elle organise régulièrement des visites auxquelles les citoyens sont gracieusement conviés. Le mot d’ordre est à une réhabilitation respectueuse des lieux tournée vers un usage destiné au plus grand nombre. Heureuse initiative que celle qui invite les habitants à devenir acteurs de leur ville à travers un lieu si riche et fédérateur !

Pour avoir pris part à la visite organisée samedi dernier, ravi à la vue du joyau que constitue l’ancienne rotonde ferroviaire (mais qui ne doit pas faire oublier que l’ensemble du site s’étale sur une vaste superficie d’environ 6 ha), je ne peux qu’encourager tous ceux qui me liront à suivre et adhérer au projet via sa page Facebook et son site Web.

Démolition : 40 au 44 rue Saint-Isidore

Démolition : 40 au 44 rue Saint-Isidore

Je m’en suis aperçu en me baladant hier : la persistance de la rue Saint-Isidore au sein de Monchat comme belle, simple et attachante rue de village est devenue un concept très relatif. Monchat, peut-on s’enthousiasmer pour notre ville, les joyaux qu’elle recèle, et se dispenser de connaitre Monchat ?

Monchat, c’est une parade bourgeoise proprette où les usines mêmes s’enrobent de verdure dans une accolade lumineuse :

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Avec de-ci de-là d’éloquentes touches, celles d’un art architectural qui infléchit le temps à ses caprices et à ses courbes :

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Ici une maison et sa grille Art nouveau rue Jeanne d’Arc, tout à coté.

Et, pour que je revienne d’une balade de Monchat en me disant que décidément tout va très bien mieux madame la marquise, il aurait sans doute fallu que j’y fusse passé les yeux bandés et des bouchons de 8 cm dans les oreilles; stratégie de déplacement qui, au vu de la conjoncture actuelle, eût été le moyen le plus efficace pour me cogner à une grue ou une pelleteuse (et me retrouver impliqué bien malgré moi dans une sombre histoire de terrassement de chantier).

Tout au sud de la dite rue donc c’est tout un carrefour qui est aboli. Maisons, pavillons, ateliers, tout doit disparaitre. Et, à l’heure où je parle, la majeure partie de ce qui figure dans ce cercle rouge n’existe plus déjà :

Carrefour St-Isidore et Jeanne d’Arc, Vues Google Earth dans le sens sud-est et Google Maps dans le sens sud-ouest.

Alors on ne va surtout pas réclamer contre le besoin de construction, pas aujourd’hui, pas ce matin ni ce soir, juste contre la façon dédaigneuse dont il s’exprime qui est une négation de l’histoire, d’une harmonie et souvent d’un mode de vivre. Négation dictée par un seul principe : le profit, l’avidité de produire vite et mal sans égard pour rien ni personne.

Les nouvelles constructions ne nuiront certes pas à l’harmonie par leur hauteur. En revanche c’est aussi la prédominance des clos de pierres (ou plus souvent de pisé), ruraux, qui confère ses caractéristiques au quartier. Ne pas les conserver, eux et leurs éléments emblématiques que constituent les portails d’entrée souvent fort remarquables, le tout pour leur suppléer de longues façades blanches, ineptes et découpées par Mr Design, c’est d’un mépris sans nom !

Ainsi, aux alentours du vaste espace en friche visible sur la vue aérienne c’est un sacré coup de jeune, du genre lifting raté, qui rappellera les heures sombres de la chirurgie esthétique et les plus grands échecs du bistouri qui l’ont accompagnée.

Ici une petite maison en bout de course de la grue qui pose pour la postérité avant d’aller rejoindre ses copines dans l’éternité :

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40 rue St-Isidore

Elle ne se doute encore de rien, laissez-là dormir encore un peu, insoucieuse du progrès et des lumières de Lyon Métropole Habitat qui lui arrivent du coté droit.

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Autre point de vue, conçu comme une allégorie de la lumière du progrès moderne poignant à l’horizon contre les sheds de la barbarie.

Soucieux de ne plomber la journée de personne, je terminerai bien entendu sur une touche légère pensée comme un petit jeu.

Sur ce cliché trouvez l’erreur :

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Un indice, il pourrait s’agir d’une erreur de plus de 20 mètres de long.