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Mois : février 2017

Façadisme, 43 rue Raulin, Lyon

Façadisme, 43 rue Raulin, Lyon

Je mentionne brièvement une opération de façadisme au 43 de la rue Raulin, dans le quartier des universités.

Elle suit son cours depuis plusieurs mois. Et selon qu’on se trouvera d’avantage amateur de contenant que de contenu, d’emballage carton que de sa substance alimentaire, on s’applaudira ou non d’une entreprise qui consiste à dépouiller un édifice afin de ne conserver que sa coquille.

Centre de la façade avant démolition en été 2016

Par exemple, si je vous demandais si vous vous sentiez enclin à faire le choix de la beauté extérieure sur celui de la beauté intérieure -insoutenable dilemme-qu’en diriez-vous ? Peut-être qu’au quotidien rien ne vous réduit à de tels choix, à plus forte raison quand vous pourriez vous assurer des deux. C’est précisément ce à quoi je pensais en compatissant au sort qu’on réservait à cette gracieuse petite maison, dont l’entrepôt spacieux qu’elle dissimulait, parfaitement sacrifié dans le projet, n’était sans doute pas, sous prétexte qu’il était invisible de la rue, sans intérêt .

Vue d’ensemble sur la façade, été 2016
Détail sur les baies des parties latérales de façade avant démolition, été 2016

Le dit projet, à ce que j’ai lu, implique la création d’un hôtel en cœur d’ilot, l’ancienne façade destinée à jouer le rôle de figure de proue, projet accompagné d’une extension pour le cinéma Comoedia, mitoyen.

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Je dois reconnaitre au façadisme quelques belles réalisations, de dignes associations en parfaite tension entre modernité et passé. Il en est ainsi souvent de ce qu’on se donne comme contrainte, contrainte à l’imagination, et qui impose au génie le dépassement dans une recherche créative. L’œuvre architecturale peut parvenir à déjouer la contradiction et sublimer son état passé.

Un argument pourtant  à nuancer et dont la vérification se perd de nos jours, tant le vite-fait-mal-fait parait mot d’ordre des mesquins programmes de construction, trop souvent, hélas, synonymes de restriction budgétaire et de temps court de création.

Projet, source site PSS

Et puis, je n’ai jamais entendu que le terme « façadisme » soit particulièrement valorisant à ceux auxquels il s’appliquait. Non, ce serait plutôt un « faute de mieux », un « pis-aller » et dont la maigre traduction méliorative dans sa défense ne tient qu’à alibi patrimonial. Ceux qui en usent ici d’ailleurs ne sont pas assez bouchés pour refuser de reconnaître qu’ils feraient mieux avec, que sans la vieille façade d’origine, quoique toujours sans s’embarrasser du reste. Triste petite plus-value que ces oripeaux accrochés à un pied de colosse qui parait sur le point de lui verser dessus.

Le façadisme c’est juste assez pour permettre à ses auteurs de s’étaler dans des déclarations de bonnes intentions patrimoniales qui ne coutent que le prix de l’impression : « Nous avons toujours eu à cœur de préserver cet inestimable patrimoine, la preuve cette façade, conservée dans ce noble geste pétri de conscience patrimoniale et au péril de nos vies, laquelle s’intègre incroyablement à ce projet incroyable, blablablibliblablablou. »

Autant écrire : «  tiens tu vois qu’on y tient à ton patrimoine, on t’a même gardé la façade vu que tu l’aimais bien.»

Ça revient à faire empailler son chien : ça ressemble bougrement à l’original mais ça reste nettement moins attachant. Kiki par exemple depuis qu’il est sur la cheminée, il coûte radicalement moins cher en croquettes mais c’est un bénéfice que son manque d’affection n’est pas sûr de compenser.

Façade ici réduite à son épaisseur de rondelle de salami tranchée de main de maître

A vous de voir dans quelle mesure vous vous accommodez mieux du mort que du vivant (et ici en parfaite considération du coefficient  bénéfice de 3 salles  au Comoedia qui reste par ailleurs un bon cinéma d’art et d’essai).

Ce moindre mal enfin que ce sauvetage de vitrine, qui reconnait tout du moins l’objet architectural, parfois au nom d’un ensemble, d’une perspective, c’est trop souvent hélas l’amère victoire, le remède, qu’on appellerait dans des villes où, tout est si totalement sacrifié qu’on s’honorerait presque de la conservation d’une pauvre petite façade.

Faute de mieux, pis-aller…

Note de l’archi : Penser à la finition du joint de raccord entre passé et présent, là c’est pas terrible
Exposition au Rize : La graine et le bitume

Exposition au Rize : La graine et le bitume

Afin de rompre un peu avec l’ordinaire de ce blog, je me suis dit : « Tiens, et si je parlais de ça. »

De quoi donc? Eh bien de la nouvelle exposition qui se tient au Rize, à Villeurbanne. Parce que je sais bien qu’à force de me lire, moi l’éternel râleur, les gens risqueraient par finir par se dire « mais ce n’est pas possible , ce pauvre garçon, a-t-il encore quelques instants de joie, et cessera-t-il un jour de râler? »

Je vous invite donc à vous rendre au Rize à Villeurbanne à l’occasion de l’exposition qui s’y tient et s’y tiendra jusqu’au mois de septembre 2017. Cette exposition traite du cas, de la place, de la subsistance, parfois de la résurgence, du végétal dans un cadre hautement urbanisé.

Je dois reconnaitre par ailleurs que je ne l’évoque pas en parfaite innocence, attendu que j’ai contribué à l’exposition ( alors oui, j’ai dit que j’arrêtais pour aujourd’hui de râler, pas que j’étais exempt de défaut, ni de participer à ma propre promotion). Ma contribution touche à Alexis Jordan, botaniste lyonnais du XIXe siècle, dont la renommée déborde amplement le cadre local. Cet érudit tenait un jardin botanique expérimental dans la commune de Villeurbanne, un secteur que j’ai étudié d’assez près, et qui est proprement méconnaissable aujourd’hui sous la couche de la ville moderne.

Vue sur une partie du site actuel. Cimes des arbres poussés sur le sol de l’ancien jardin

Voici le texte qui introduit cette contribution :

Une commune profondément ancrée dans la ruralité, tel est encore en ce début de XIXe siècle le visage traditionnel que dépeignent les sources d’archives textuelles et les plans les plus anciens. Le paysage profile une succession de pièces de terres : prés, champs, vergers, quelques bâtiments enfin au caractère agricole. Les fonds y figurent, séparés les uns des autres par des haies vives ou des fossés, quelquefois des clôtures solides en pisé.  Mais la ville est bientôt appelée à de profondes modifications. L’industrialisation de masse autour du secteur du textile sonne pour elle l’heure d’un repeuplement ouvrier. Signe notable de ce développement, un singulier effet d’urbanisation en marche depuis l’ouest et la commune voisine de La Guillotière.  

C’est sur ce modèle global, qu’ici, à la frange occidentale de la ville, l’ancien fief de La Bonnetière se fragmente : dans le cours du siècle, les fermes cèdent progressivement leur place aux ateliers de tulliste mais aussi aux petites demeures d’une bourgeoisie en quête d’un cadre de villégiature rustique. Là, les voies fraichement tirées au cordeau de la nouvelle Cité Napoléon forment un réseau viaire neuf. Ses rues délimitent à présent un nouveau parcellaire composé de petits clos ceignant maisons et jardins, morcelant et lotissant les anciens grands domaines.

Au cœur de cette trame de voies encore en gestation, une singularité paysagère va prendre racine : un jardin botanique, celui d’Alexis Jordan. Véritable laboratoire à ciel ouvert, il impose à sa manière-érudite et originale- le témoignage du maintien de cette vocation du sol et de la nature dans un quartier en pleine mutation.  

Au commencement du XXe siècle, les ambitions urbanistiques de la seconde ville du département du Rhône auront tôt fait de reléguer ses allées ombragées au rang du simple souvenir.

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Voilà, en espérant que cet aperçu de l’exposition vous donnera l’envie de vous y rendre.

 

Pétition pour la conservation de l’église Notre-Dame de l’Espérance (Villeurbanne)

Pétition pour la conservation de l’église Notre-Dame de l’Espérance (Villeurbanne)

Notre-Dame de l’Espérance.

Aussi vrai que l’espérance est un concept universel et porteur d’avenir, jamais il ne devrait être permis à quiconque de se voir ôté d’espérer.

C’est sans aucun doute de plus prosaïques pensées que je ruminais, il y a de cela quatre à cinq ans, quand en quête d’un abri de fortune, je rodais dans les parages de cette église méconnue, perdue au beau milieu de la rue Francis de Préssensé. Vaquant dans le secteur à mes nobles occupations d’intérimaire (exploité), je lorgnais très favorablement à l’heure de la pause du coté de son porche amène qui nous garantirait des intempéries, moi, mon casse-croûte, et mes indéfectibles envies de sieste. L’église et son porche d’ailleurs, en m’accordant leurs faveurs sans que jamais je n’aie trouvé à m’en plaindre ce jour-là, ni aucun des suivants, paraissaient me payer d’une splendide réciprocité de sentiment. Toujours là, à la même heure.

J’ai redécouvert tout récemment le souvenir de cette église, et cette Madeleine de Proust m’a causé bien du dépit : Son passé me revenait cependant que son devenir paraissait sévèrement compromis.

Gardez-vous de la juger fort laide, fort triste ou de lui trouver les pieds carrés. Cette église est l’héritage du Corbusier par son disciple Genton, lequel dota en 1966 l’humble paroisse au carrefour des rues Anatole France et Francis de Pressensé de volumes qui entrèrent en résonance avec la modernité. Je ne prétendrais jamais pourtant qu’il faille abandonner aux émérites érudits et autres techniciens lampadophores les termes du bon gout et du jugement esthétique, ni assommer les foules avec un nom d’autorité. Je dis que la connaissance éclaire et qu’elle ne parachève jamais tout à fait chez personne sa besogne ni sa lutte.

Prenez alors, tendez les mains vers l’espérance. Non pas des mains bigotes mais des mains charitables, s’il vous plait, vous ferez mieux. Et prenez le temps de la regarder.

Et demandez-vous enfin si l’anticléricalisme est une marque d’engagement si nécessaire en notre début de XXIe siècle, spécialement quand il consiste à jeter à bas une église, c’est-à-dire une œuvre de paix et de rassemblement?

Moi qui ne présente le tort de n’être ni croyant, ni réactionnaire, ni identitaire, ai-je vraiment à prendre parole pour assurer qu’on peut n’appartenir à aucune de ces catégories et tenir à la pérennité d’un édifice fait pour durer et pour rassembler?

Non, soutenir une église ce n’est pas toujours faire preuve de sectarisme mais s’ancrer, puiser dans nos ressources pour esquisser un devenir commun, une trace, une mémoire, fédérer autour d’un croyance qui n’est plus cultuelle quand l’église d’ailleurs n’est plus au culte. L’église, c’est l’une des cartes de visite de la France, une parmi tant d’autres.

Comment alors voudriez-vous que ces gens ne crient pas à la dépossession,  à plus forte raison ici où, à deux pas des immeubles des usines Gillet, les habitants, les classes laborieuses, ont payé de leurs deniers son érection ?

Les immeubles Gillet au 1er plan. Au second plan, l’église.

Et les autres, ceux qui ne croient pas, n’ont jamais cru et ne croiront jamais, ceux-là ce sont les mêmes, car cette église c’est aussi la leur. Dans ce monde qui bouge sans savoir où il va, les gens ont besoin de conserver leurs repères, les marqueurs imprimés dans leur paysage culturel. Car même si cette église ne s’ancrait pas, ne puisait pas dans notre histoire la plus intime, comment souscrire avec tant de désinvolture à la condamnation d’un lieu qui porte la spiritualité, la spiritualité qui manque tant à nos têtes éprises et malades de rendement, de consommation et de matérialité ?

Alors il en va de cette église comme de tout autre lieu de culte. Nous voulons vivre ensemble, tous ensemble et en paix. Ce qui implique de ne fouler aux pieds le symbole d’aucune foi, de ne fouler ni celui-ci au bénéfice de celui-là, ni celui-là au profit de celui-ci. Le respect se nourrit de réciprocité, aussi nous n’avons nul besoin de sacrifier, de consacrer à aucun autel, le signe spécifique des uns au profit de celui des autres. Aucune idéologie soucieuse de progrès n’exige de telle démonstration de force.

Au contraire, elle se doit de rassembler, rassembler tout le monde, pour se ménager un avenir. Nous voulons donc que notre ville conserve les pierres qu’ont posées les générations qui nous ont précédés, qui croyaient, qui ne croyaient pas, mais qui ont œuvré ensemble, et que ses œuvres fassent sens commun. On ne rassemble pas les gens en tirant à boulets rouges sur un symbole attaché à une communauté, quelle qu’elle soit. Nous voulons vivre ensemble tout simplement, parce qu’il n’existe pas de choix plus raisonnables et salutaires. Et ce n’est pas d’une telle marque de dédain que nous avons besoin.

Qu’elle continue donc à rassembler, l’Espérance, entre ces murs. N’importe la manière : un autre culte, une autre œuvre, une école ou même une association, mais qu’elle continue à rassembler. Et qu’une tête aussi bien faite que celle qui l’a produite hier, lui pense aujourd’hui une suite.

 

Pétition de l’asso Cadre de vie et patrimoine, en ligne : Ici.

Plus d’infos sur l’église par Mélanie Meynier, doctorante et confrère, sur le site du Rize +

 

Départ et sauvetage de statue

Départ et sauvetage de statue

Cette semaine, marquée pour moi par le départ et le transport de la sculpture de Davy, m’a permis d’en immortaliser le bon déroulement et l’événement par quelques prises de vue bien de circonstance. Nous n’avons pu que nous réjouir d’un sauvetage intervenu juste à temps pour lui épargner la démolition totale qui guette le site qui l’abritait jusqu’à mercredi dernier.

A ma grande surprise l’annonce passée il y a quelques mois avait concouru à lui trouver preneur presque aussitôt. Un grand merci donc aux Amis du patrimoine et de l’environnement de Bessenay pour leur démarche volontaire. La statue a été embarquée ce mercredi par leurs soins, à destination de la commune de Besssenay où elle devrait être visible du public après tous les aménagements nécessaires.

La statue sanglée et prête au transport

Il règne, nous nous en apercevons chaque jour, entre les amoureux des belles choses, des choses de l’art humain, un esprit de solidarité qui permet d’éviter les atteintes trop dégradantes, que l’abandon, la négligence quelques fois, trop souvent, voudraient leur faire subir. Tous ces efforts font l’office d’une sauvegarde contre une standardisation bêtifiante, un saccage désinvolte de nos cadres de vie, en ville, et pas seulement en ville.

Rappelons que le site duquel nous avons contribué à l’extraire est un ensemble d’anciens bâtiments majoritairement en bois, datés du début du XXe, parfaitement remarquables enfin par leur ampleur. La grande halle du fond, naguère dévolue au travail de la charpenterie, qui sert aujourd’hui de parking va être emportée avec le reste. C’est là un long sujet patrimonial qui me tient à cœur et sur lequel je prépare un sujet conséquent.

La grande halle et son couvrement charpenté à ciel vitré

Je me bornerai pour le présent et sur le sujet à de simples évocations : lieu de travail où les échardes ont côtoyé la sueur, puis à une époque toute récente, lieu où la récréation, les loisirs, les spectacle et les arts conjuguaient leur panache dans un cadre arboré, propice par ailleurs à des activités utiles et constructives : menuiserie encore et paniers de légumes pour les riverains.

Entrée du site sous son ultime parure estivale

C’est ici enfin que tu as sculpté, Davy, autodidacte, poussé par la proximité et l’émulation de tes voisins de fortune. Là, tu as incarné dans la pierre les rêveries que le lieu et les habitants t’ont inspirées et communiquées.

Bavardages, émulations, créations, communications.

Vue d’ensemble sur le site au carrefour des rues Germain & Bellecombe, voué à une prochaine démolition

A voir donc ce que les futurs nouveaux habitants, déterminés sans aucun doute à s’entasser, sans se parler, ni se connaître, produiront et apprendront à l’avenir, ici dans ces lieux que de radicales transformations appellent en tous points.

Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

L’annonce de la fermeture définitive de la Salle Rameau n’a certes rien de très neuf. Il n’empêche, sombres heures pour la culture. Après la fermeture du Musée des Hospices Civils en 2010, imité demain par le Musée des Tissus et celui des Arts décoratifs, voici le devenir de la salle Rameau biffé en lettres noires sur l’horizon 2017.

La salle Rameau a vu le jour en 1907 sous l’impulsion de Georges Martin Witkowski, compositeur et chef d’orchestre. C’était l’époque où le vieux quartier de la Martinière secouait ses oripeaux. Son vétuste réseau de voies étroites cédait à un urbanisme forcé qui devait métamorphoser sa figure. Témoin, une façade qui emprunte avec parcimonie au lexique de son temps : quelques éléments d’un Art nouveau nuancé et sans exubérance dans leur expression décorative, comme souvent à Lyon.

Quel avenir donc pour cette future ex-salle de spectacles et de concerts dont l’imposante physionomie apporte sa contribution à l’esprit de monumentalité qui règne au quartier de la Martinière ? On ne sait.

Ce qui est certain en revanche c’est que la Ville s’en défait pour s’assurer de précieuses économies. Voilà la tendance observée en ce moment, au niveau national d’ailleurs : rogner sur ce qui ne sert à rien. Nous sommes en effet trop pauvres et la culture ne sert effectivement à rien, voilà deux vérités parfaitement démontrées.

Des vérités, il en existe d’autres pourtant : le pays n’a jamais produit autant de richesses, de gros actionnaires s’accaparent 85% des profits des entreprises au lieu de les réinvestir dans l’économie, la fraude fiscale coûte des milliards à la France, il existe un fossé enfin, et qui ne cesse de se creuser, entre d’un bord de très riches qu’observent du bord opposé tous les déshérités de l’espèce humaine. En 2017, nous nous flattons en effet d’entendre que les huit individus les plus riches du globe possèdent à eux seuls ce que possède la moitié la plus pauvre de l’humanité. Et, qu’on se rassure, tout ceci n’est que l’effet d’un mouvement d’inégalité qui tend encore à s’amplifier, toujours aux dépens des plus pauvres, mais aussi des classes moyennes.

Et la ville, comme le reste, est à vendre, à vendre aux plus offrants. Le Patrimoine et la Culture, la ville, censément celle du peuple, s’en va, celle des riches s’y substitue. Les emblèmes de notre patrimoine culturel  se convertissent volontiers en centres de la gastronomie et autres hôtels de luxe. La ville devient un gigantesque terrain de golf pour riches, un parc d’attraction pour argentés internationaux qui ne vous sera pas consacré. Car la Culture ou le reste, dans ce monde où ce qui ne rapporte pas assez ne trouve plus sa place, est vouée à tirer son ultime révérence. Les atteintes à la culture ne constituent par conséquent qu’un des innombrables aspects de la dégradation, de l’éclatement de nos structures de vie et de la défection de l’État dans ses fonctions de conservation et de protection les plus élémentaires. Mais comment d’ailleurs pousser plus avant de telles lamentations quand pour beaucoup  ce sont déjà et surtout les conditions de subsistance les plus élémentaires qui sont en jeu. Ceux qui travaillent dans des boulots déjà précaires savent de quoi je parle, ceux qui n’en trouvent même pas, plus encore : le monde qui se prépare achève de se construire sans vous.

A l’heure où Macron, Macron le banquier d’affaires, vient battre et hurler campagne à Lyon, accueilli bras ouvert Par Collomb, notre bon maire, et aux cris hystériques de « Macron, président ! », l’heure est à se demander de quel tournant plus radical notre civilisation se chauffera.

Alors, de l’ubérisation en veux-tu en voilà dans chaque parcelle de la vie, une guerre libérale de tous contre tous, où tout se monétise mais avec le sourire, un air cool de self made man, modèle dans lequel ceux qui ont réussi sont cités en exemples sans jamais rappeler en revanche que la condition sine qua non du succès de ces quelques-uns c’est précisément l’échec et la détresse de tous les autres.  Macronisez-vous, soyez flexibles, soyez souples, embrassez votre cul en faisant le grand tour, et retroussez-vous les manches en beuglant « En Marche ! », en marche en laissant les autres derrière, en marche avec Emmanuel, co-auteur d’une loi travail synonyme de bordellisation de la protection des salariés ; marchand d’un yaourt ni de Gauche, ni de Droite, mais pas au Centre non plus, qui n’attend que le programme du produit concurrent pour définir et aligner sa stratégie marketing, emballage dernier cri d’un ultra libéralisme qui non seulement réserve la même fessée que la Droite la plus conservatrice mais de surcroit avance masqué et sans seulement le courage de ses opinions.
Pour tous les autres, attrapez la main de votre voisin, et n‘oubliez pas que celui qui perd l’équilibre aujourd’hui c’est celui qui vous aidera à vous relever demain : de société digne de ce nom il n’en existe pas d’autres.

Et dans tout ceci enfin, gardons en tête que la culture, le jeu, la représentation, le patrimoine, sont les liants qui assurent aux individus et aux peuples, cohésion, dialogue, entente et esprit. Une société qui le méconnait n’emprunte pas le bon chemin, une société qui le méconnait ne s’achemine jamais que plus profondément dans la rupture, la crise et la décadence.

Pétition pour que la salle conserve sa vocation culturelle : Ici