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Mois : mars 2017

Démolition, 31 rue Jean Bourgey, Villeurbanne

Démolition, 31 rue Jean Bourgey, Villeurbanne

Démolie, la petite maison du 31 de la rue Jean Bourgey, elle n’est assurément pas la première et n’est guère déterminée à demeurer longtemps dernière détruite dans le voisinage. Effet collatéral du projet d’extension de l’avenue Henri Barbusse, dit projet Gratte-ciel nord, quantité de bâtiments sont par conséquent appelés à « sauter » dans cette fièvre de reconstruction et c’est une longue fête à la poussière qui a commencé tôt et finira tard. Le projet de logements qui accapare les lieux concerne d’ailleurs également le N°181 du Cours Emile Zola, contigu et dans le même ilot, mais que je m’abstiendrai d’évoquer plus longuement.

Façade principale de la villa au 31 rue J Bourgey

La petit villa dont il s’agit agençait ses volumes d’un autre temps : années 30, années 40 peut-être, époque du béton (de machefer), ce dont j’ai pu obtenir confirmation grâce au splendide écorché de façade dont les pelleteuses, toute disposées à faire mon instruction, m’ont servi la leçon ce matin même, sur le coup des 8h30, 8h45. Providentiel cour d’anatomie dont je me fusse dispensé, aussi vrai que mon instruction sur le sujet  des matériaux me paraissait suffisamment dotée et dont les inévitables lacunes par ailleurs se fussent souverainement accommodées du doute.

Paupières tantôt ouvertes, tantôt closes pudiquement sur sa propre déchéance, les quelques feuillets épars des choses qui s’en vont sont l’intimité volée à la ruine. Elle concilie le souvenir de vieilles choses mais aussi de vieilles gens que je ne connais pas mais dont les vestiges indiquent le souvenir : échantillons de décoration désuète, traces d’aménagements à l’inverse fort récents mais brisés, tout dort, paisiblement ravalé et nivelé dans la ruine.

La poésie de la ruine m’évoque toujours un effroyable gâchis, une fièvre de démolir, de refaire, hantise d’une société où le goût de la consommation plus que le besoin ou l’exigence de bien faire, étend son vouloir sur chacune de nos décisions pour nous détourner de celles de la simplicité et de la raison.

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Un petit mur sépare encore la rue du jardin qui enserrait la villa. Elle, projetait des formes simples mais gracieuses avec au devant un vestibule bien matérialisé, ouvert sur la cour et précédé de quelques marches :

Le vestibule à l’instar du reste de la villa était couvert d’une toiture saillante supportée par des consoles ouvrées mais là encore d’un goût sans ostentation. Un petit oeil-de-boeuf fermé par une serrurerie en fonte était visible sur le bâtiment principal de la villa, à l’aplomb dudit vestibule :

Oeil-de-boeuf, bâtiment principal

Cette serrurerie sommaire était un simple treillis à mailles carrées, sobre et géométrique, mais  accueillant en son milieu une spirale qui dénotait.

Au sol de ce vestibule se voyait un carrelage manifestement contemporain de la construction :

La façade arrière était pourvue d’un perron, coté jardin, surmonté comme de juste d’une marquise aux consoles métalliques ouvragées.

Enfin, au volume du vestibule précédemment cité, répondait celui d’un second petit corps en saillie qui devait faire office de véranda, orientée au sud :

Façade arrière
Marquise sur l’arrière

De toutes ces choses à l’heure où je parle il ne reste rien, hors peut-être les fondements de la maison. La démolition était engagée d’ailleurs, comme on s’en aperçoit, au moment des prises de vue.

Je m’étais pris à rêvasser bêtement dessous cette fameuse marquise, songeant au paquet de pluies qu’elle s’était prise sur la tête, et aux têtes dessous même tout occupées de vies, de guerre et de pluie encore. Alors j’ai tenté de la poétiser un peu, elle et son petit look d’un autre âge, elle et ses petites nervures stylées :

Voilà. C’est assez dit et assez bavardé. J’ai été le dernier à cogner mes soupirs à cette fâcheuse marquise, la vue à présent doit être parfaitement dégagée et n’importe la pluie sur un chantier.

Au spectacle de la démolition, je suis rentré chez moi avec l’intention de déballer ce sujet qui attendait patiemment son heure, rattrapé ce matin par la réalité qui m’a paru sous le ciel gris plus crue qu’un scalp.

 

 

Démolitions des N°1 et 51 Rue Saint-Isidore

Démolitions des N°1 et 51 Rue Saint-Isidore

La rue Saint-Isidore commence et finit mal. Ce sont deux projets distincts menés à chacune des extrémités de cette rue qui signent le ravage de ce ravissant petit bout du quartier Montchat.

N°1 de la rue St-Isidore peu de temps avant démolition

Saluons au moins l’esprit de constance qui règle le timing des démolitions. En effet, l’union dans le néant des deux entrées de la rue s’autorise de la plus stricte synchronisation. Il importait sans doute de refuser aux passants désireux d’emprunter la Saint-Isidore tout accès qui ne leur fût déprimant.

Voilà pour les N°1 et N°51. De ce point de vue le calcul peut nous apparaitre amplement facilité : entre les deux  il en reste tout juste 49 autres, des numéros complémentaires en somme, largement de quoi projeter, démolir pour reconstruire. Même les non matheux s’y retrouveront sans peine.

Le premier cas qui nous occupe, le numéro 1, est déjà tombé. Pourtant la maison qui se tenait ici avait fière allure.

N°1 rue St-Isidore quelques mois avant la démolition

Avec son clos ombragé et ses petites dépendances elle faisait jadis partie d’un ensemble industriel qui s’étendait plus au sud sur la rue et qui mettait en œuvre divers ateliers. Ne disposant guère d’éléments historiques sur son sujet, me trouvant par conséquent dans l’incapacité d’un long discours, je privilégierai l’image :

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous servir le fouillis de branches qui ensevelissait la vue :

Et vous verrez, si d’aventure vous empruntez la rue prochainement,  combien le lieu à changé. Pour l’occasion ne manquez pas le tas de bois fraichement tronçonné qui évoque le bon souvenir de l’arbre qui se trouvait là, bien en tas, à sa place, au coté des autres tas, triés au propre et par étiquette.

La cour passée, on accédait à la maison par une petite volée de marches pourvue d’une sobre rampe en fonte, avec son palier surmonté d’une marquise :

Relevons enfin que la maison se signalait d’assez loin et s’harmonisait avec la maison sise en vis à vis, façon de résistance devant la station de tram Reconnaissance-Balzac, farouchement, dégueulassement moderne.

L’arrière du N°1 rue St-Isidore et son vis à vis

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Quant au second cas, au numéro 51, il s’agit d’anciens ateliers. formant carrefour avec le Cours du docteur Long :

Il se trouve, ironie du sort, que j’avais illustré mon premier sujet sur Montchat par une photographie de ce bâtiment. J’étais loin de me douter alors qu’un panneau de démolition devait y fleurir quelques deux mois plus tard. Ne lui aurais-je pas d’ailleurs porté la poisse?

Il s’agit d’un paysage industriel haut en couleur, avec fronton à l’angle sur le cours du docteur Long, et qui ne manquerait pas d’inspirer des projets d’usage, affectation et réhabilitation, la multiplication d’un petit rêve tranquille et harmonieux.

Enfin, contentons-nous d’imaginer cette succession de sheds, restaurés, relookés, colorisés et mis en valeur. Acceptons la modernité, celle-ci tout du moins, celle qui est présentée comme du poisson et présentée à la cantine comme un carré de poisson pané.

Il parait que nous n’avons pas le choix.

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Emplacement actuel du N°1 rue St-Isidore

 

 

Pétition en faveur des N°9, 11 rue Paul Bert et N°10, 12 rue Moncey

Pétition en faveur des N°9, 11 rue Paul Bert et N°10, 12 rue Moncey

Un petit mot afin d’évoquer le devenir de ces maisons, celles-là :

Source Google Maps

Elles forment l’entrée actuelle des rues Moncey et Paul Bert, les dites rues rayonnant depuis l’ancienne place du Pont. Disons plutôt qu’elles rayonnaient, selon un plan beaucoup plus lisible autrefois, avant que l’espèce de gros arrondi dont je vais parler un peu plus loin ne vienne s’épater en plein milieu.

Le 12 rue Moncey en rose, avec à droite, dépassé de plusieurs étages, le N°10. Ces immeubles font dos aux 9 et 11 de la rue Paul Bert.
La façade rose qui abrite le 9 et 11 rue Moncey

Ces maisons-là que pourrait-il  leur arriver, vous demandez-vous peut-être, elles qui sont faites pour durer encore 500 ans ? La crue monstrueuse du Rhône de 1840, et les suivantes, leur ont gentiment caressé l’orteil, et quand au matin elles ont ouvert les paupières, les pieds dans l’eau, elles ont simplement daigné jeter l’œil  en bas, souriant d’un air tranquille comme à l’heure du bain de pieds. Car des inondations comme celles-là, elles peuvent en subir encore quelques-unes avant d’être jetées bas. Et, tandis qu’à l’autre bout de la rue Paul Bert, les eaux emportaient les masures en pisé, ici de ce centre neuf de La Guillotière qu’avait voulu son maire, Vitton, jaloux de sa voisine et rivale, Lyon, la pierre a demeuré pour durer et défier les siècles.

L’eau n’a pas réussi à détruire, il faudra le concours d’une volonté humaine pour l’y aider. Voilà le projet absurde dans lequel s’enferme actuellement la municipalité.

Et c’est dans un argumentaire confus et incohérent que la Ville défend, entre autres sujets, l’ouverture d’une perspective depuis l’autre bout de la rue, alors même que cette perspective est parfaitement compromise par le monstre qui occupe la place et barre littéralement la route depuis les années 90 : le C.L.I.P.

Oui, c’est son petit nom. Moi, naturellement, j’ignorais tout bonnement qu’il en avait un et je me bornais à passer devant sans seulement m’en douter.

Le C.L.I.P, plaqué devant le 9-11 rue Paul Bert, visible en rose

Cet acronyme en vaut un autre, et si le T.R.U.C. est réputé ce n’est pas seulement pour ses remarquables filets de pêche antichute de plaques de parement suicidaires ou kamikazes déterminées à  se jeter sur la tête des trop téméraires passants.

Arrière du C.L.I.P, avec à gauche les 10 et 12 rue Moncey

En effet, outre sa proverbiale vaillance architecturale, qui ne laisse pas d’enthousiasmer sur l’infini potentiel d’un contemporain bâclé, la tronche en biais adolescent  déjà dans l’âge de sa vieillesse, il est aussi reconnu pour éclipser totalement l’entrée de nos rues Moncey et Paul Bert, qu’il défigure sans vergogne. Après en toute sincérité, cet édifice, je n’en pense rien, lui et ses bas résilles vintages, je l’ai toujours connu ici et comme ça. Mais il y a peu de débat à avoir sur la question de la légitimité de sa place en ces lieux :  c’est un ovni. Idem à la question de savoir ce qui  ici  bouffe la vue et la lumière.

Dans cette mesure, il me semble mal venu à titre de rachat d’une première erreur  (la construction du CLIP), d’en proposer une seconde (démolir ce qui est autour du CLIP et ne gène nullement).

Rue Paul Bert en direction de l’ouest avec à l’extrémité le 9-11 rue Paul Bert dans son exact environnement.

Ce quartier est un quartier vivant qui n’a rien à  gagner ni dans la perte de logements, ni dans celle de commerces, ni enfin dans la perte de ses repères. Tout ceci me parait d’ailleurs amplement démontré dans cette vidéo créée par le collectif Moncey-Ballanche.

Et dont voici la pétition !

 

Il fait si bon passer sous le C.L.I.P. Seul bémol cette sale tache rose du XIXe (encore une) qui défigure son royal parking.