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Mois : mai 2017

Souvenir du Champs Clos, Rosières.

Souvenir du Champs Clos, Rosières.

Fenêtre ouverte sur lumières harassantes et toitures de béton, le regard lui-même n’avouait plus que l’asphyxie des jours à venir. Fuyant donc les fournaises des agglomérations, j’ai emprunté ce weekend des sentiers qui évoquaient déjà l’aventure et le trèfle. Et me voici de retour, avec dans ma giberne le souvenir des beaux jours. Et puisque même sur ma peau de citadin les coups de soleil, heureusement, ne dureront pas, me voici à m’épancher à l’ombre d’un souvenir.

Pays de lauzes et de basalte qui sont la mémoire de dragons enfouis, pays aussi des argiles de couleurs étagées en gouffre, voici un séjour qui respire une fraicheur que je veux partager.

Le ravin de Corboeuf à Rosières et ses strates bigarrées

A Rosières, le long de la route qui mène au Puy, c’est-à-dire un chemin arpenté de longue date par les pèlerins, chaque recoin offre l’occasion d’une démonstration de foi. Fonte colossale pour la croix érigée en  place publique ici, signes fragiles d’intime piété nichés sur l’arête d’une toiture privé, là. En surplomb du village, enfin, un fruste enclos de pierre juché sur un plateau rocheux attire immanquablement l’attention.

Le Champs clos. On croirait le site bâti par quelque antique peuple féru d’idole et ferré dans la science d’en dresser les autels. Le Champs Clos pourtant n’est que l’œuvre d’un abbé ; suivi par ses paroissiens, qui, souhaitant réanimer la foi après la grande Révolution de 1789, s’essaya à exprimer très simplement sa religion. Il s’en acquitta en remettant au goût du jour les marques d’une foi manifestement ancrée dans l’archaïsme et les traditions, comme en puisant aux fondements du culte.

On se tromperait de voyage. Ce chemin de croix passe facilement pour une succession de croix épannelées par des mains romanes du XIe siècle. Naïves figures sous lesquelles la fidèle ressemblance à la nature n’a pas fourni de sujet suffisant aux élans de l’âme.

L’église du village est en bas, qui, avec son chevet, a pu offrir le souffle, l’inspiration, à l’esprit et à la main.

Chevet roman de l’église de Rosières

Quand la simplification des formes de la nature, humaine ou végétale, n’est pas infuse mais qu’elle procède d’un goût, d’une manière de simulation, de recherche, que croire de l’art qu’il génère? L’abstraction se paie  alors d’un luxe et d’une marque de raffinement qui n’a à faire que de la forme.  Ici pourtant foin de posture bourgeoise, ni de néo-roman. Tout se passe comme si l’esprit se mettait en situation de raconter une histoire plus ancienne que l’homme en tentant de la porter, la perpétuer, la rendre aux siècles. Il dit : donnez-moi un outil, une terre et un peu de votre temps et vous verrez ce que je peux faire.

Parfois l’expression ne peut trouver sa voie en dehors du cri, de l’exclamation brute, de l’intuition, sans risquer la profanation. Ainsi soit-il.

Christ flanqué des symboles de la lune et du soleil

***

L’enceinte du calvaire est à appareil irrégulier, hissée sur un socle de granit. Sa forme, en fer à cheval, évoque la nef et l’abside d’une église.

Tandis que les croix, nombreuses qui hérissent cette enceinte, sont nues, celles qui ornent le centre et les autels sont ouvragées (moulures et pommes de pin). Y figure le christ, flanqué des deux larrons.

 

Les commentaires à son sujet  rappellent que la procession s’appliquait plus volontiers aux cérémonies funéraires. Au pied de la croix la plus au centre se voit d’ailleurs une table des morts. Le cimetière communal enfin n’est pas très loin.

Entrée du calvaire
La cabale et la fronde. Les législatives de Villeurbanne.

La cabale et la fronde. Les législatives de Villeurbanne.

Je me suis rendu jeudi dernier à la maison des associations des Buers et Croix Luizet. J’entendais assister à un authentique débat entre les principaux candidats aux élections législatives dans ma circonscription de Villeurbanne. Autour des deux animateurs siégeaient quatre candidats seulement : Bruno Bonnel pour la République en Marche, Emmanuelle Aziza pour Les Républicains, Najat Vallaud-Belkacem  pour le Parti Socialiste, Béatrice Vesiller enfin pour Europe Écologie Les verts.

Ils ont parlé, parfois bien, d’autres fois moins bien. Il aura beaucoup servi de répéter en écho et avec les accents bêlants du consensus que notre force, à nous villeurbannais, tenait dans notre mixité sociale, notre exigence de poursuivre ce modèle de réussite du savoir-vivre ensemble et dans une respectueuse harmonie.

Mais quelles propositions forment-ils donc au niveau de l’État ? Le monde dans lequel nous vivons se défait. L’argent, les inégalités, le corrompent et le tuent, et il y a longtemps enfin que les politiques qui le règnent ne représentent plus qu’eux-mêmes. Quelles nouvelles garanties offrent-ils donc ? Comment maintiendront-ils, ou plutôt comment restitueront-ils, les conditions de l’harmonie dont ils parlent ? Puisque tout repose sur le socle de services indispensables conditionnés par l’argent public, qui regroupent les besoins en santé, en éducation, en culture, le tout investi durablement dans les biens inestimables que sont la paix, la subsistance, le partage, la justice sociale, j’étais disposé à entendre de quelles manières ils déclineraient leurs candidatures respectives en autant de points de vue.

 

J’éprouve un amour infini pour les vieilles et neuves soupières de la politique, celles dans lesquelles tout finit toujours en vieux bouillons, et j’ai une patience à les entendre cuisiner et bavarder, autant que si j’entendais des professionnels de l’incendie occupés à de doctes discussions devant une maison en flammes. Je résume donc : il y a eu là cette dame dont on n’aurait pas eu d’excuse ni d’alibi à méconnaître qu’elle était avocate et qu’elle agrippait le barreau depuis tellement d’années que même le barreau en avait des crampes, et aussi vrai que les mots de punition et de coupable responsabilité fusaient hors de sa bouche à la moindre occasion. J’ai poussé la témérité à l’écouter, gageant qu’en matière de vertu, de tribunal, de justice, et de barreaux, chez les républicains, on savait fort bien et de longue main son affaire.

Puis, il y a eu cet autre, un homme d’affaire, un faiseur de gros sous, lequel, à l’image de son chef, je n’ose dire du chef de l’État, ne forme de souhaits que de très consensuels,  gageant qu’il nous faut rassembler sans nous diviser et ne jamais nous diviser sous peine de faillir à nous rassembler : nous rassembler enfin autour d’une idole libérale à souhait et qui nous boutera le feu dans chaque repli de la société en plus de nous le bouter à la peau. Et nous feindrons de l’applaudir tout en feignant d’abord de ne pas nous bruler le bout des doigts.

Il y a eu cette autre encore qui citait et dépeignait les maux de la société avec une telle perfection qu’on en aurait voulu l’élire sans trainer si on n’avait été troublé en s’interrogeant, quand même, comment une personne si versée dans le malheur de ses concitoyens n’avait pas trouvé le loisir d’user des moyens qu’elle proposait de mettre en œuvre pendant toutes ses années passées à l’exercice du pouvoir.

J’en passe. Ne manquait à la composition du tableau municipal que le candidat et élu PC, drapeau rouge naguère, délavé jusqu’au rose PS à force de se frotter à la jambe du maire. Lui c’est le meilleur : mélenchoniste aux présidentielles quand c’était le moment, anti mélenchoniste depuis que Mélenchon s’est fait couper les cheveux sans doute, ou peut-être plus vraisemblablement depuis que les petits intérêts locaux du parti ont repris le dessus.

Il est bien certain que tous ces gens représentent dignement la vision qu’ils se font de l’intérêt général et du rôle d’un député. Vous allez d’ailleurs en juger.

Coupe transversale sur éléphants du PS. PS qui, au 1er rang, met toute son assiduité au réseautage

Quelle première et désagréable impression que de paraitre donner son assentiment par sa seule présence à un show organisé par la municipalité. Nous devrons en juin choisir un député pour l’Assemblée nationale chargée de composer avec le gouvernement et voter les lois du pays. Son ressort est national et sa place décisive à l’État français. Pourquoi alors les forces politiques réunies à la table se sont-elles épanchées si complaisamment sur des sujets éminemment locaux par leur essence : le défaut de transport dans les quartiers de l’est, l’amour et l’enracinement personnel au pays villeurbannais depuis l’époque de Louis VXIIII au moins, le prix de la cantine au Lycée Jacques-Joseph Duracell, et que sais-je encore ? Pour quoi sinon flatter et trouver son public, instrumentaliser les débats du quotidien afin de glaner un suffrage obtenu par le sentiment d’une sympathique proximité ?

Ces gens sont presque tous issus de l’actuelle équipe municipale. Ils m’ont produit l’effet de n’être là qu’à préparer leur remise en service, en astiquant leurs charentaises, au lieu de se saisir du débat de l’avenir du pays. Ils ne préparaient nullement le discours des fonctions législatives. Non, cette parade n’était destinée qu’à organiser la succession dans les affaires très résiduelles de la ville. Et moi, pour une fois, je n’étais pas venu pour savoir à quelle sauce Villeurbanne allait être mangée, ni m’éclairer sur ce qu’on allait bâtir ou démolir juste en face de chez moi.

Ainsi, une partie du débat s’est étirée dans ces considérations hors de saison. Et, pendant qu’autant de belles personnes se mêlaient de s’adresser aux gens pour leur remontrer tous les avantages qu’il y aurait à faire son choix d’un élu tiré du conseil municipal plutôt qu’un autre élu tiré du même conseil municipal, quelqu’un est intervenu. C’était un autre candidat, celui de la France Insoumise.

 

Il était en colère, je le comprends. Il n’avait pas été convié à prendre place auprès des grands. Relégué pendant toute la durée du débat parmi le public, ce candidat paraissait à son avantage, chez lui, à sa place, dans cette foule à laquelle on l’avait assigné en croyant peut-être le dénigrer. Rompant avec la posture avachie de tous les attablés comme avec celles de tous ces autres qui ne regardent plus le peuple que comme une bête curieuse, et qui vont quémandant son suffrage aux heures du vote parce que c’est la démocratie qui l’a dit, il s’est avancé afin de prendre parole.

Je me suis retrouvé à écouter un homme, seul contre tous, qui, contrairement aux autres, ne feignait pas de défendre son point de vue sur la couleur du béton des trottoirs, ni sur l’urgence d’élaguer les platanes du cours Tartenpion. Il n’a pris parole que pour rappeler ce qu’était une campagne législative. Cette correction devenait pressante. Sans doute en a-t’il toujours été ainsi, ici à Villeurbanne, c’est-à-dire dans une localité dont les contours épousent si exactement celles de la circonscription que les débats virent inévitablement en appel du pied de la mairie, et la voix des législatives en réunion de quartier.

Non, un député ne dispose d’aucun pouvoir direct sur la circonscription qui l’élit. Il œuvre au national et concourt aux décisions d’envergure dont les retombées sont nécessairement particulières mais jamais à désignation locale. Messieurs, mesdames, la démocratie ne se porte pas très bien. Vous pouvez faire semblant de ne pas le voir en niant la portée de ces élections-là et vous complaire à recentrer son débat, corriger sa trajectoire, sa dynamique,  afin de la cantonner au carré aux choux ou au bac à sable, mais vous ne lui rendrez pas service.

Cette intervention, Laurent Legendre l’aura saisie pour interpeller le public sur un point de cohérence. En effet, l’Avenir en Commun, programme de son mouvement, déjà établi, porté depuis de nombreux mois, lui sert de fil rouge, et correspond par la forme à ce que l’on est en droit d’attendre d’un authentique programme législatif : la clarté des positions défendues dans ce texte, rassemble tous ses députés quel que soit leur lieu d’origine. La défense d’une ligne directrice, claire, définie ne devrait pas être rejetée dans le superflu.

Or, deuxième aspect de la mascarade municipale,  toute l’assemblée s’était réunie dans le plus profond mépris de la deuxième force en jeu à Villeurbanne : cette France Insoumise, qui, lors des présidentielles, a obtenu un score suffisant à la hisser à la deuxième place, et qui à un point supplémentaire se mettait à jeu égal avec le candidat de la marche arrière et de la reculade. Dédaigner d’inviter au débat son représentant, voilà un mystère presque digne de ceux que l’on jouait au moyen-âge. Et si je devais émettre un regret supplémentaire c’est de n’avoir vu le maire quitter son siège au 2e rang pour enfiler son costume puis se mettre à jongler après avoir accompli une roue de son cru.

Comprenez bien ce que je dis là : il y a eu des gens pour penser cette communication, ils se sont concertés, ils ont discuté, ils ont lancé des invitations et même fait dessiner des petits écriteaux en carton aux noms des intervenants pour les aligner le long de la table, ils ont commandé des petits fours et fait venir des bols de pistaches, mais au bout de tout cela ils n’ont pu arriver à d’autre conclusion que d’exclure, sans doute au nom de la démocratie et des besoins de représentation de la pluralité politique, la deuxième force à Villeurbanne. C’est une anomalie plus grotesque qu’une tentative d’enfouir un corps dans un jardin tout en s’observant à la pudique révérence pour mieux donner le change.

Ces gens-là, à la France insoumise, sont des milliers. Ils se sont élevés contre l’usurpation de la démocratie, contre le désastre social et écologique auxquels s’adonnent nos nations sous la férule d’une oligarchie politique et financière qui ne susurre le mot « peuple » qu’à l’heure de la comédie ou de la grimace. Qu’on révère ou non leurs positions, rien n’autorise à fouler aux pieds leur représentant. Les élus locaux veulent-ils persévérer dans un rôle de prestidigitateur et par là-même fossoyeurs de la démocratie ? Vont-ils achever de serrer le nœud qui lie fatalement politique nationale à politique locale dans une même collusion de figures et de postures? Ce nœud garrote la citoyenneté. Voilà déjà un emploi révélateur de l’entre-soi de ce monde-ci.

 

Mon sujet n’est pas de m’épancher sur ce que je pense de la France Insoumise ni de donner la réplique à ses détracteurs. On a le droit sans doute de prétendre que l’augmentation du SMIC est une aberration, et pourquoi pas de l’accompagner d’une proposition de rétablissement du fouet au travail, semblablement rire à la face des authentiques tenants de la parité homme/femme, prétendre que le partage des richesses, la transparence ou le contrôle des élus est une mauvaise farce, prétendre enfin qu’il est impossible de produire et consommer autrement qu’en détruisant à la fois la nature et le fondement des sociétés humaines. Le débat ne se situe donc pas dans un tel chapitre de pensée.

Il ne se situe que dans la cohérence, la question de la justice de représentation médiatique dans un système prétendument démocratique. Mais il est d’autant plus extravagant et criant d’injustice que ce débat exclue délibérément de son dialogue un mouvement qui, à l’heure de la scène électorale, rencontre avec une telle véridicité les enjeux de notre politique. La France Insoumise affirme que le choix du député qui nous incombe est précieux et qu’il n’est pas d’intérêt local qui ne s’inscrive d’abord dans un programme d’adhésion, un programme capable de donner sa feuille de route au représentant qu’il aura élu. Un programme d’intérêt général, écrit par et pour le peuple, et qui se distingue par les atouts de la clarté.

Le candidat Laurent Legendre en discussion avec le public après son intervention remarquée
Démolition Mondial Tissu, 305 Cours Emile Zola, Villeurbanne

Démolition Mondial Tissu, 305 Cours Emile Zola, Villeurbanne

Mondial Tissu a déménagé. Il a demeuré dans le quartier Flachet de Villeurbanne mais s’est déplacé légèrement vers l’ouest le long du Cours Emile Zola.

Après ce départ, l’ancien site industriel de la rue Greuze qui l’abritait était appelé à de profondes modifications. J’en ignorais la teneur. Car, même en retournant en tous sens le panneau du permis de construire affiché là, qui m’annonçait une extension couplée à une surélévation, mes attentes restaient déçues et coincées sous ce sobre verdict et rien ne me laissait présumer du devenir du bâtiment délaissé.  Aussi, passant et repassant devant les lieux au cours des semaines qui suivirent, préoccupé au point d’effectuer parfois d’incroyables détours à vélo, bravant pluies vents et marées, je m’alarmais du morcellement progressif de la première rangée de sheds formant la ligne sur la rue Greuze.

Rue Greuze vue en direction du sud

Elle me produisait l’effet de réduire comme une peau de chagrin. A la fin, alors même qu’il n’en restait presque plus rien, j’ai fini par prendre la décision de saboter une mâtiné au service de la voirie de Villeurbanne afin de me fixer sur le sort du restant de l’édifice.

A l’angle des rues Greuze et des Boucherets, le bâtiment doit être conservé. A contrario la première rangée de sheds sur la rue Greuze doit disparaitre. Cette façade sera reconstruite et fera l’objet de cette fameuse surélévation depuis les soubassements conservés. Le tout se donnant pour finalité l’harmonisation de la façade du bâtiment d’angle conservé par la répétition de son module rue Greuze en substitution aux sheds.

Enfin, pour les passionnés d’enseignes de grande surface, précisons qu’à l’arrière Lidl doit demeurer tandis que Super U remplacera Mondial Tissu. Tout demeure donc possible en termes de courses, voire même de courses de caddies sur parking.

Soubassements conservés de l’édifice sous les sheds démolis.

Oui, je me préparais à râler davantage. Il se trouve en effet que le projet est heureux et relativement respectueux de l’édifice existant puisque le projet consiste dans l’augmentation de sa partie noble préservée. Réjouissons-nous donc, et aussi vrai qu’il s’agit d’un moindre mal. Un moindre mal sans doute plutôt qu’un bien puisqu’on aurait aimé trouver un projet intégrant les sheds de la rue Greuze et les voir maintenus en façade. Bien sûr, comme les sheds sont l’identité de notre ville industrielle. Notre patrimoine.

Patrimoine.

Patrimoine, qui es-tu et de quoi parle-t-on ? Ton nom me fait mal à la langue certains jours tant j’ai de peine à l’articuler. L’impression de flatter la cordelette d’une bourse garnie et bien ficelée, glissant insensiblement de l’acception d’un bien commun vers un bien particulier, privé, restrictif. Le bien de quelques-uns.  Me voilà passé par-dessus le clos d’un vaste domaine, aire de chasse et de jeu qui n’est plus mienne, nôtre. Quel patrimoine alors ? Patrimoine rutilant, qui s’est accumulé sur la misère de tous les autres. Patrimoine doré, de nos châteaux, de nos manoirs et de nos églises ? Notre patrimoine ?

Qui nous entend quand, fort de nous adresser au plus grand nombre afin d’évoquer le devenir de nos vieilles usines  qui ne paraissent plus bonnes à rien, nous essayons de parler la langue de la multitude, celle de leurs pères, de leurs mères qui les ont occupées. Patrimoine, je hais ton nom, quand c’est la figure de la fragile humanité que tu renvoies à la poussière en éructant que de tout cet humble et tangible souvenir rien n’est bon qu’à s’encombrer sans raison.

Ils vous posent un problème mes sheds ? Est-ce qu’on ne sait s’accommoder de ces vieux toits en dent de scie ? Faudra-t-il toujours parler Patrimoine en risquant de se scier la langue au labeur? Mon grand-père paternel sent la bouse de vache, mon-grand père maternel sent le cambouis, tous deux sentaient la sueur.

Morts, je vous aime comme j’aime les vieilles usines dont on enfouit la physique mémoire.

La rue Greuze habillée de printemps

 

***

Les travaux permettront de dégager une partie de la façade et de la redécouvrir sous la tôle placée en plaquage contre la paroi. Très certainement que de ce point de vue-là, l’édifice aura à y gagner. Il ne manque pas d’élégance en effet. Tout les éléments d’usage, tel l’auvent ou l’imposte du porche sont réduits à de maigres effets décoratifs mais qui lui confèrent une expression dans l’esprit sévère de l’époque (années 30 ou après ?).

Jusqu’à lors en outre il était malaisé de distinguer la balustrade sommant le pan coupé de la façade en bordure de la terrasse qui, j’imagine, se trouve là haut. Le dépouillement actuel de la façade restante permet de mesurer plus confortablement la beauté de cet édifice de béton, sa volumétrie, ses nuances décoratives ainsi même que son architectonique.

Façade d’angle dépouillée du superflu

Il faudra attendre le résultat pour s’exprimer sur la qualité de l’ouvrage actuellement projeté.

Des gens bien disposés déjà à s’assumer comme consommateurs confirmés, qui à Lidl, qui à Super U, tout virtuels soient-ils.