Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

L’annonce de la fermeture définitive de la Salle Rameau n’a certes rien de très neuf. Il n’empêche, sombres heures pour la culture. Après la fermeture du Musée des Hospices Civils en 2010, imité demain par le Musée des Tissus et celui des Arts décoratifs, voici le devenir de la salle Rameau biffé en lettres noires sur l’horizon 2017.

La salle Rameau a vu le jour en 1907 sous l’impulsion de Georges Martin Witkowski, compositeur et chef d’orchestre. C’était l’époque où le vieux quartier de la Martinière secouait ses oripeaux. Son vétuste réseau de voies étroites cédait à un urbanisme forcé qui devait métamorphoser sa figure. Témoin, une façade qui emprunte avec parcimonie au lexique de son temps : quelques éléments d’un Art nouveau nuancé et sans exubérance dans leur expression décorative, comme souvent à Lyon.

Quel avenir donc pour cette future ex-salle de spectacles et de concerts dont l’imposante physionomie apporte sa contribution à l’esprit de monumentalité qui règne au quartier de la Martinière ? On ne sait.

Ce qui est certain en revanche c’est que la Ville s’en défait pour s’assurer de précieuses économies. Voilà la tendance observée en ce moment, au niveau national d’ailleurs : rogner sur ce qui ne sert à rien. Nous sommes en effet trop pauvres et la culture ne sert effectivement à rien, voilà deux vérités parfaitement démontrées.

Des vérités, il en existe d’autres pourtant : le pays n’a jamais produit autant de richesses, de gros actionnaires s’accaparent 85% des profits des entreprises au lieu de les réinvestir dans l’économie, la fraude fiscale coûte des milliards à la France, il existe un fossé enfin, et qui ne cesse de se creuser, entre d’un bord de très riches qu’observent du bord opposé tous les déshérités de l’espèce humaine. En 2017, nous nous flattons en effet d’entendre que les huit individus les plus riches du globe possèdent à eux seuls ce que possède la moitié la plus pauvre de l’humanité. Et, qu’on se rassure, tout ceci n’est que l’effet d’un mouvement d’inégalité qui tend encore à s’amplifier, toujours aux dépens des plus pauvres, mais aussi des classes moyennes.

Et la ville, comme le reste, est à vendre, à vendre aux plus offrants. Le Patrimoine et la Culture, la ville, censément celle du peuple, s’en va, celle des riches s’y substitue. Les emblèmes de notre patrimoine culturel  se convertissent volontiers en centres de la gastronomie et autres hôtels de luxe. La ville devient un gigantesque terrain de golf pour riches, un parc d’attraction pour argentés internationaux qui ne vous sera pas consacré. Car la Culture ou le reste, dans ce monde où ce qui ne rapporte pas assez ne trouve plus sa place, est vouée à tirer son ultime révérence. Les atteintes à la culture ne constituent par conséquent qu’un des innombrables aspects de la dégradation, de l’éclatement de nos structures de vie et de la défection de l’État dans ses fonctions de conservation et de protection les plus élémentaires. Mais comment d’ailleurs pousser plus avant de telles lamentations quand pour beaucoup  ce sont déjà et surtout les conditions de subsistance les plus élémentaires qui sont en jeu. Ceux qui travaillent dans des boulots déjà précaires savent de quoi je parle, ceux qui n’en trouvent même pas, plus encore : le monde qui se prépare achève de se construire sans vous.

A l’heure où Macron, Macron le banquier d’affaires, vient battre et hurler campagne à Lyon, accueilli bras ouvert Par Collomb, notre bon maire, et aux cris hystériques de « Macron, président ! », l’heure est à se demander de quel tournant plus radical notre civilisation se chauffera.

Alors, de l’ubérisation en veux-tu en voilà dans chaque parcelle de la vie, une guerre libérale de tous contre tous, où tout se monétise mais avec le sourire, un air cool de self made man, modèle dans lequel ceux qui ont réussi sont cités en exemples sans jamais rappeler en revanche que la condition sine qua non du succès de ces quelques-uns c’est précisément l’échec et la détresse de tous les autres.  Macronisez-vous, soyez flexibles, soyez souples, embrassez votre cul en faisant le grand tour, et retroussez-vous les manches en beuglant « En Marche ! », en marche en laissant les autres derrière, en marche avec Emmanuel, co-auteur d’une loi travail synonyme de bordellisation de la protection des salariés ; marchand d’un yaourt ni de Gauche, ni de Droite, mais pas au Centre non plus, qui n’attend que le programme du produit concurrent pour définir et aligner sa stratégie marketing, emballage dernier cri d’un ultra libéralisme qui non seulement réserve la même fessée que la Droite la plus conservatrice mais de surcroit avance masqué et sans seulement le courage de ses opinions.
Pour tous les autres, attrapez la main de votre voisin, et n‘oubliez pas que celui qui perd l’équilibre aujourd’hui c’est celui qui vous aidera à vous relever demain : de société digne de ce nom il n’en existe pas d’autres.

Et dans tout ceci enfin, gardons en tête que la culture, le jeu, la représentation, le patrimoine, sont les liants qui assurent aux individus et aux peuples, cohésion, dialogue, entente et esprit. Une société qui le méconnait n’emprunte pas le bon chemin, une société qui le méconnait ne s’achemine jamais que plus profondément dans la rupture, la crise et la décadence.

Pétition pour que la salle conserve sa vocation culturelle : Ici 

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