L’inventaire participatif du pisé

L’inventaire participatif du pisé

L’année dernière le Musée des confluences lançait un inventaire participatif du pisé de terre dans l’agglomération lyonnaise, lequel suit actuellement son cours. Fort de mes cas lyonnais, et surtout villeurbannais, j’ai eu l’occasion de tester cet inventaire, y contribuer au moyen de mes propres travaux, clichés photos. C’est bien l’avantage de pouvoir disposer à sa guise d’autant d’écorchés et autres coupes transversales dans une ville dont on démolit tant de bouts à la fois.

Ce samedi matin Emmanuel Mille, architecte, doctorant au laboratoire CRAterre et initiateur du projet, organisait une rencontre pédagogique au Rize suivie d’une balade de terrain dans le secteur de Grand-Clément. La démarche visait à initier et associer les villeurbannais à cet inventaire, terre en main.

Cet inventaire participatif,  du reste, passants, scrutateurs méticuleux et autres habitants avertis y contribueront donc (avec bonheur) qui débusqueront ce fameux pisé de terre chez eux ou dehors au coin de la rue. Le site en ligne donne accès à une carte où l’emplacement du pisé observé est à indiquer. Lui succède un bref formulaire comprenant contribution photo (si possible) en pièce jointe. Tout le monde peut y participer.

Atelier de présentation au Rize animé par Emmanuel Mille

Si le dit inventaire limite son champ de prospection au seul pisé de terre, rappelons que le « pisé » désigne un usage de construction (au moyen d’un « pisou » on compacte la matière dans des coffrages ou banches en couches superposées) qui regroupe toutefois divers matériaux : terre, mâchefer, etc.

Pisé au 299 de la rue Paul Bert (avant démolition bien sûr)

Le pisé, ce pisé de terre, se cèle et se décèle en une vaste partie de cache-cache dont l’aire de jeu reste à définir précisément, dans la région, dans l’agglomération.

Son panel de couleurs variant du gris à l’ocre nous est assurément familier. Nous le redécouvrons en chaque lieu où les enduits destinés à le garantir de la pluie se détachent, et, plus tristement (mais non moins familièrement) quand nos vieux édifices sont scalpés un beau matin par une pelleteuse. S’il est établi de longtemps que le pisé a servi fidèlement dans notre région lyonnaise sans manquer son implantation en milieu urbain, les résultats de l’inventaire démentiront définitivement le préjugé selon lequel les constructions en terre crue seraient le propre des constructions modestes et rurales. A cet effet son recensement et sa localisation géographique permettront de gagner en clarté.

Démolition rue Léon Blum où la terre côtoyait le mâchefer (fond gauche)

L’emploi du pisé de terre en construction est rarement exclusif : il s’associait volontiers selon les besoins de constructions au pisé de mâchefer, à la maçonnerie, etc. L’image précédente dévoile une grande variété de matériaux : Terre, mâchefer, maçonnerie, étagée sur une même portion de mur :

Bien souvent, enfin, il a survécu seul dans les murs séparatifs cernant les propriétés, et alors même que se construisaient et se reconstruisaient les dites propriétés, figure pérenne,  au fil du temps.

Mur séparatif en pisé, rue Chirat

Ce projet comme tout inventaire participatif associe à son objectif  de recherche – le recensement d’un matériau de construction, le pisé de terre – l’intérêt du public en lui offrant d’y participer directement. La démarche est louable : elle permet de capitaliser une information tout en sensibilisant le public à son environnement bâti.

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Par chez nous, à Villefontaine, le projet « Le village Terre » inaugurait un modèle de construction social et écologique renouant avec les savoirs-faire traditionnels dans une convaincante démonstration. C’était il y a plus de trente ans.

La construction en terre crue, c’est encore à l’heure actuelle et dans le Monde un pourcentage non négligeable de constructions domestiques et vivantes qui ont traversé les siècles. Une architecture enfin dont les propriétés de résistance ne restreignent pas à la construction de sobres masures mais portent au contraire les ambitions d’une architecture capable de se hisser sur une dizaine d’étages au besoin. A ces propriétés s’ajoutent des qualités thermique, écologique et économique qui la rendent supérieure au « béton » (béton de ciment) qui n’est devenu le standard actuel qu’au prix de monopoles, d’aveuglement, de mécanisme et de facilité de production, de consommation et de profit, totalement nuisibles à l’intérêt général.

Bref la terre crue ce n’est pas sûrement pas la poudre du passé, c’est bien une architecture qui a déjà signifié son ralliement au futur. C’est les moyens d’une alternative dont nous n’avons que commencé de nous saisir.

Saurez-vous, comme nous,  dénicher le pisé de terre sur cette photographie ? (atelier pédagogique, en balade)

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