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Démolitions diverses, rue Marius Berliet

Démolitions diverses, rue Marius Berliet

Sujette à diverses transformations en divers points, la rue Marius Berliet méritait son petit mélange.

Des prestigieuses usines de construction automobile Berliet, dont l’importance avait raflé son nom à l’ancienne route d’Heyrieux, ne subsistent aujourd’hui que de méconnaissables loques. Ces vastes tènements industriels pourtant enjambaient allégrement la rue Audibert lavirotte qui ne semblait avoir été tracée que pour eux, et allaient occupant la meilleure part de deux ilots de maisons délimités par les rues de l’épargne, la route d’Heyrieux (future rue Berliet), les rues de l’éternité, Audibert-lavirotte et St Aignan, la rue des hérideaux et l’Avenue Berthelot enfin au sud.

Source : Archives municipales de Lyon, plan parcellaire au 1/2000e, secteur 21 en 1920, détail, vue sur les deux ilôts des usines Berliet de Lyon de part et d’autre de la rue Audibert Lavirotte.

Ici, la situation du tènement industriel pointé en rouge pour sa partie orientale (avec, à droite, un second petit marqueur de couleur identique donnant un autre ensemble en cours de démolition dans cette même rue et dont je traite plus bas) :

Tous les sheds des usines sont bien identifiables. Photographie aérienne, id de la mission C3031-0051_1954_CDP893_0990, cliché n°990, en 1954, source Géoportail.

Voici une chronologie du démembrement du site :

Avec la disparition de l’ilot occidental, dans le percement du boulevard de l’Europe au début des années 1990, le site industriel perdait aussi sa façade principale, sise avenue Berthelot .

Vue actuelle. Source : Google Maps

Adieu et perte significative, l’imagination n’a d’autre loisir que de soupirer après cette orgueilleuse façade qui offrait un digne vis-à-vis  à l’entrée du cimetière de la Guillotière. C’était enfin un trait chargé de signification historique et dont l’ancienne ligne 23 de tramway des OTL assurait la continuité : transportant corbillards d’un coté de la rue, ouvriers de l’autre. Les choses cependant s’altèrent toujours plus vite qu’on ne le croit et l’on ne pourrait taxer si uniment de vandales nos bâtisseurs/démolisseurs d’il y a 25 ans. Car, au moment où intervenait cette première démolition, la façade n’était déjà qu’un lointain souvenir de ce qu’elle avait été, très remaniée et dénaturée au commencement des années 1960.

Vue générale de l'usine, 1906. (Archives Fondation Berliet)
Usines Berliet au début du XXe siècle, source patrimoine Rhône-Alpes, service de l’inventaire.

 

En 2003, date à laquelle le service de l’inventaire publiait un contenu en ligne restituant l’histoire du site (d’Aubibert Lavirotte jusqu’à cette date), subsistait encore tout l’ilot oriental : soit la double halle et la grande halle cernant le reste des ateliers à charpente métallique (où séjourna un bowling) lesquels maintenaient une figure monumentale et cohérente sur la rue Marius Berliet.

Double halle, démolie en 2015, source Google Maps.

De ce site, dont l’histoire par ailleurs n’est plus qu’à conclure, l’œil demain s’enorgueillira avec moins de facilité que l’imaginative mémoire. Dès l’année 2014 en effet le 8e arrondissement entrait dans une phase de construction de 635 logements, activités de loisirs, bureaux,  groupe scolaire, sur l’emplacement du second ilot industriel réduit à l’état de friche industrielle depuis la cessation et le départ des dernières activités. La double halle et l’atelier hébergeant le bowling cédaient par conséquent leurs places.

En bref, c’est la célébration d’une véritable ville érigée au sein de la ville que consacre l’opération immobilière, mais dont les ramifications de projet se sont déployées sur 25 années. Et cette célébration renvoie à une réalité en matière de renouvellement urbain. Tout ici a poussé comme des champignons au pied d’un résineux, si ce n’est en une nuit en une génération.

Perspective boulevard de l’Europe à l’emplacement de l’ancienne entrée monumentale des usines Berliet

 

Et pourtant, les années succédant aux années, la lassitude aux regrets contraints devant l’habitude de ces panoramas ouverts, vacants, béant sur les souvenirs de nos anciennes friches démontées, tout a œuvré à un collectif oubli. Oui, naguère déjà « cette cité au sein de la cité » existait, et encore que peu de gens sans doute puisse s’honorer de l’avoir connue. Là, à l’acmé de sa gloire industrielle cette cité, colossale et magnifique se tenait comme une forteresse enclavée dans sa ville :

http://www.fondationberliet.org/wp-content/uploads/2016/01/Berliet-Monplaisir-1912.jpg
Source : Fondation berliet

La conservation de sites industriels,  une fois leur usage passé, dans leur intégralité comme valeur d’ensemble cohérente et lisible du point de vue de l’histoire des implantations urbaines et de celle des activités humaines, est-elle seulement un rêve ou l’application de mesures décidément reservées à de rares et exemplaires privilégiés ?  Le besoin de pure mémoire, de connaissance, du musée à ciel ouvert dont  chaque recoin livrerait sa clef pédagogique, ne peut suffire à délivrer de solution pérenne. Il en va tout autrement de l’appropriation volontaire et décidée des hommes accomplissant le choix d’inscrire leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs et proclamant : Ceci est notre mémoire, non seulement nous allons la tirer de son mutisme mais encore nous allons réutiliser son siège pour lui insuffler une vie nouvelle, une authentique vie. Associations, scops, écoles, logements, soit toutes les structures indispensables, et pourquoi pas encore un bowling car je persiste à ignorer parfaitement ce que le tout nouveau bowling en se substituant à l’ancien a gagné dans la perte de ses poutres d’acier.

Démolition de l’ancien Bowling rue Marius Berliet.

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Si on excepte l’ancienne porte d’entrée, seule sera conservée la grande halle de la rue Marius berliet. Cadre de futurs bureaux, entre fontaines à eau réfrigérée, pile de dossiers et plantes en pots ou en parterres, elle sera, entre toutes les halles de ma connaissance, incontestablement et d’assez loin la plus heureuse des halles.

Façade de la grande halle, rue Marius Berliet.

Le projet, visible ici, confirme la conservation des volumes et la façade de la grande halle sur les rues Berliet et  st Aignan. S’y adjoint l’ intégration d’une réplique de sa charpente métallique. Il offre vraiment de quoi bondir de joie, et je ne parle pas spécialement des aficionados des plantes en pots, piles de dossiers et piles de collègues. Non, il s’agit bien d’adoration devant cette magnifique caution patrimoniale et sa conservation – une porte, une façade, une charpente revisitée ! – pour un projet qui à vue de nez a nécessité des siècles de maturation et de réflexion (dans le bureau d’en face qui était déjà construit).

Charpente de la grande halle dans son état actuel.

Rien donc à conserver des bâtiments de l’ancien bowling, coincés entre ladite grande halle et l’emplacement (déjà reconstruit) de la double halle (déjà démolie).

Bâtiment de l’ancien bowling avant démolition.
Charpente métallique du bâtiment de l’ancien bowling entre la grande halle et la double halle.

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Plus loin, en accomplissant les 150 mètres nécessaires qui nous séparent du prochain chantier,  filant plein Est en suivant la rue,  c’est un ensemble de petites constructions qu’on démolit – eh oui, aussi –  du 106 au 110 de la rue Marius Berliet.

Il s’agit de petites maisons d’un seul étage précédant un grand espace industriel composé de hangars et de dépendances.

Pour entrer dans le numéro sis le plus à l’est du pâté de maisons, on emprunte une allée débouchant sur un escalier droit, latéral et à une seule volée, collé à la façade intérieure de la maison :

Au même numéro l’allée débouche sur une cour abritant hangars et dépendances :

hangar à l’arrière du N° 110 de la rue Marius Berliet.

 

L’une des façades sur rue au moins méritait quelques clichés capables de célébrer la mémoire de petites lucarnes aux moulures décoratives, lesquelles, à l’heure où j’en parle et qui est bien tardive, sont probablement tombées en poussière (faute d’être tombées de vieillesse, ce qui n’est pas donné à tout le monde) :

Lucarnes au 106 de la rue Marius Berliet
Lucarnes au 106 de la rue Marius Berliet

Les lucarnes de cette maison, au n° 106, s’intègrent dans une toiture mansardée qui attire également l’attention.

Elle assure la transition entre, d’un coté les façades modestes des 108 et 110, bientôt démolies avec elle dans la joie et la poussière, et celle du numéro 104, grand immeuble de rapport du début du XXe siècle, plus ornementé et qui n’est pas concerné par la démolition :

106 et 104 rue Marius Berliet

Je crie légèrement au scandale en voyant démolir cette fameuse petite maison, même si je n’ignore pas que les orangers, du fond de cette cour, seuls, entendront le son de ma voix. Et j’y ajoute, à titre d’argument et de plainte supplémentaire, le panorama de la dite cour, ombragée et arborée, qu’elle présentait il y a peu de temps encore.

Le 106 rue Berliet, coté cour.

De manière générale, l’ensemble du tènement n’était pas exempt de verdure :

 

Voilà pour la rue Berliet.

Entre ici et là-bas c’est la promesse sans cesse reformulée d’une architecture d’autant de variété qu’il y a de reliefs sur le dessus d’une biscotte. Blancs corridors, noirs demain sous le couvert de la pollution. Et l’absorption des variétés de hauteur que nous a laissées la ville d’hier dans un modèle version horizon linéaire et étouffant :

Nouveau passage pratiqué à l’emplacement des deux halles de Berliet.

Par dessus tout, elle se développe et se célèbre comme si son existence n’était pas la négation de quelque chose qui lui aurait pré-existé.

Les maisons allant du 106 au 110 de la rue Berliet, un obus dans le dos.

 

Alors, tandis que les démolitions respectives suivent leurs cours, que celles-ci, à l’instar d’autres ne nous empêchent pas de rêver l’architecture, la rendre à elle-même dans ce désœuvrement de l’art qui semble dominer les usages.

Bowling
Vision des bâtiments de l’ancien bowling quelques jours avant sa démolition, pris avec les reflets de vitrines.

 

 

Démolition Mondial Tissu, 305 Cours Emile Zola, Villeurbanne

Démolition Mondial Tissu, 305 Cours Emile Zola, Villeurbanne

Mondial Tissu a déménagé. Il a demeuré dans le quartier Flachet de Villeurbanne mais s’est déplacé légèrement vers l’ouest le long du Cours Emile Zola.

Après ce départ, l’ancien site industriel de la rue Greuze qui l’abritait était appelé à de profondes modifications. J’en ignorais la teneur. Car, même en retournant en tous sens le panneau du permis de construire affiché là, qui m’annonçait une extension couplée à une surélévation, mes attentes restaient déçues et coincées sous ce sobre verdict et rien ne me laissait présumer du devenir du bâtiment délaissé.  Aussi, passant et repassant devant les lieux au cours des semaines qui suivirent, préoccupé au point d’effectuer parfois d’incroyables détours à vélo, bravant pluies vents et marées, je m’alarmais du morcellement progressif de la première rangée de sheds formant la ligne sur la rue Greuze.

Rue Greuze vue en direction du sud

Elle me produisait l’effet de réduire comme une peau de chagrin. A la fin, alors même qu’il n’en restait presque plus rien, j’ai fini par prendre la décision de saboter une mâtiné au service de la voirie de Villeurbanne afin de me fixer sur le sort du restant de l’édifice.

A l’angle des rues Greuze et des Boucherets, le bâtiment doit être conservé. A contrario la première rangée de sheds sur la rue Greuze doit disparaitre. Cette façade sera reconstruite et fera l’objet de cette fameuse surélévation depuis les soubassements conservés. Le tout se donnant pour finalité l’harmonisation de la façade du bâtiment d’angle conservé par la répétition de son module rue Greuze en substitution aux sheds.

Enfin, pour les passionnés d’enseignes de grande surface, précisons qu’à l’arrière Lidl doit demeurer tandis que Super U remplacera Mondial Tissu. Tout demeure donc possible en termes de courses, voire même de courses de caddies sur parking.

Soubassements conservés de l’édifice sous les sheds démolis.

Oui, je me préparais à râler davantage. Il se trouve en effet que le projet est heureux et relativement respectueux de l’édifice existant puisque le projet consiste dans l’augmentation de sa partie noble préservée. Réjouissons-nous donc, et aussi vrai qu’il s’agit d’un moindre mal. Un moindre mal sans doute plutôt qu’un bien puisqu’on aurait aimé trouver un projet intégrant les sheds de la rue Greuze et les voir maintenus en façade. Bien sûr, comme les sheds sont l’identité de notre ville industrielle. Notre patrimoine.

Patrimoine.

Patrimoine, qui es-tu et de quoi parle-t-on ? Ton nom me fait mal à la langue certains jours tant j’ai de peine à l’articuler. L’impression de flatter la cordelette d’une bourse garnie et bien ficelée, glissant insensiblement de l’acception d’un bien commun vers un bien particulier, privé, restrictif. Le bien de quelques-uns.  Me voilà passé par-dessus le clos d’un vaste domaine, aire de chasse et de jeu qui n’est plus mienne, nôtre. Quel patrimoine alors ? Patrimoine rutilant, qui s’est accumulé sur la misère de tous les autres. Patrimoine doré, de nos châteaux, de nos manoirs et de nos églises ? Notre patrimoine ?

Qui nous entend quand, fort de nous adresser au plus grand nombre afin d’évoquer le devenir de nos vieilles usines  qui ne paraissent plus bonnes à rien, nous essayons de parler la langue de la multitude, celle de leurs pères, de leurs mères qui les ont occupées. Patrimoine, je hais ton nom, quand c’est la figure de la fragile humanité que tu renvoies à la poussière en éructant que de tout cet humble et tangible souvenir rien n’est bon qu’à s’encombrer sans raison.

Ils vous posent un problème mes sheds ? Est-ce qu’on ne sait s’accommoder de ces vieux toits en dent de scie ? Faudra-t-il toujours parler Patrimoine en risquant de se scier la langue au labeur? Mon grand-père paternel sent la bouse de vache, mon-grand père maternel sent le cambouis, tous deux sentaient la sueur.

Morts, je vous aime comme j’aime les vieilles usines dont on enfouit la physique mémoire.

La rue Greuze habillée de printemps

 

***

Les travaux permettront de dégager une partie de la façade et de la redécouvrir sous la tôle placée en plaquage contre la paroi. Très certainement que de ce point de vue-là, l’édifice aura à y gagner. Il ne manque pas d’élégance en effet. Tout les éléments d’usage, tel l’auvent ou l’imposte du porche sont réduits à de maigres effets décoratifs mais qui lui confèrent une expression dans l’esprit sévère de l’époque (années 30 ou après ?).

Jusqu’à lors en outre il était malaisé de distinguer la balustrade sommant le pan coupé de la façade en bordure de la terrasse qui, j’imagine, se trouve là haut. Le dépouillement actuel de la façade restante permet de mesurer plus confortablement la beauté de cet édifice de béton, sa volumétrie, ses nuances décoratives ainsi même que son architectonique.

Façade d’angle dépouillée du superflu

Il faudra attendre le résultat pour s’exprimer sur la qualité de l’ouvrage actuellement projeté.

Des gens bien disposés déjà à s’assumer comme consommateurs confirmés, qui à Lidl, qui à Super U, tout virtuels soient-ils.

 

Démolition 53 et 55 rue Paul Verlaine, Villeurbanne

Démolition 53 et 55 rue Paul Verlaine, Villeurbanne

En jetant un œil au dernier numéro du Viva, revue mensuelle gratuite émanant de la municipalité villeurbannaise, je suis tombé nez à nez, pages 18 et 19, avec un article traitant de certain concours photo Instagram lancé à son initiative. Il célébrait les façades de la ville en récompensant le plus beau cliché.  L’impression de familiarité du cliché de la façade qui avait inspiré le lauréat me força à loucher d’un peu plus près sur la double page du Viva afin de m’assurer de ce que mes yeux voyaient. Oui, oui, il s’agissait bien du 53 de la rue Verlaine. Autrement dit d’une maison que je savais promise à la démolition, ce que la revue, elle, ne paraissait pas savoir puisqu’elle n’y faisait aucune allusion. La transparence sur ce sujet sans doute eût été plus confondante. Aussi, aucun traitre alinéa ni aucune traitre parenthèse ne vint oser de fausse note sur celles claironnantes de la victoire.

L’absurdité – terme auquel je serais tenté de préférer celui d’hypocrisie – d’une situation consistant dans la célébration une forme d’esthétique dont le fondement est architectural et patrimonial mais sans qu’aucune conscience patrimoniale ne vienne s’en méler, ni par devant ni par derrière, ressemble diablement a de la langue de bois. C’est dingue, c’est comme si je me piquais de sensibilisation à la cause écologique à gros renfort de 4×4 et en arrosant les gens de pétrole en leur disant : « alors l’écologie, les gens? » . Voilà bien le degré zéro de la communication et de la cohérence. La fumisterie aurait pu fournir l’objet d’un autre concours Instagram.

N° 53 rue Paul Verlaine

Bref, bienvenue à Villeurbanne où la municipalité ne se sent pas concernée par son patrimoine bâti, sinon à en parler, par principe, mais sans jamais s’embarrasser d’engagement excédant le simple album de coloriage. De sorte qu’elle ne sent pas seulement la légèreté qu’il y a à décerner un prix au plus beau cliché de façade, faisant son sujet d’une façade destinée à être réduite en bouillie dans quinze jours. Autant que la thématique du concours s’annonce comme médaille posthume, ou félicitations du jury avant euthanasie, ce serait faire preuve d’honnêteté.

Le N° 53 ne partira pas seul, il emmène avec lui la maison voisine, au 55. Et j’en reviens ici à la vision étroite qu’ont les élus de leur patrimoine bâti. Ils la font rentrer dans le carcan des Gratte-ciel. Cette acception commode leur permet d’avoir la main libre et, disons-le franchement, plutôt lourde sur tout ce que ce pauvre périmètre exclut. Le patrimoine à Villeurbanne ce sont les Gratte-ciel, rien d’autre. Essayez de publier une brochure sur le patrimoine bâti de Villeurbanne en dédaignant de faire figurer en couverture tout autre chose que nos gratte-ciel, essayez et vous serez reçus à coups de pierres. Bref les gratte-ciel c’est l’alibi qui signe la mise la mort du reste à Villeurbanne et qui consent l’ensevelissement de nos vies dans le vaste cercueil en béton que la municipalité nous dessine.

53 et 55 rue Paul Verlaine

Ce trait est d’autant plus absurde qu’ici, dans le cas des maisons de la rue Verlaine, nous nous trouvons au cœur du quartier des Gratte-ciel. Alors oui, nous ne sommes pas en face d’un gros building qui tache et qui crève le ciel. Et alors ? Le témoignage de ce que l’on a pu produire ici aux Gratte-ciel à une période parfaitement contemporaine de l’érection des Gratte-ciel, n’est-il pas susceptible d’être conservé, précisément au titre de l’exemplarité de son statut de précieuse exception ?

Adéquation fallacieuse du patrimoine villeurbannais aux Gratte-ciel, adéquation tout aussi fallacieuse des Gratte-ciel à un principe matériel et physique. Acception décidément restrictive pour ne pas dire caduque qui définit un principe de conservation patrimonial non pas en vertu d’une contigüité historique ou de tout autre critère de sens, telle l’esthétique, et en veillant à la richesse de la diversité, mais dans une conviction grossière, aveugle, abandonnée dans son analyse à une catégorie de gens qui n’y connaissent rien mais auxquels on laisse décider pour nous.

A gauche le beffroi de l’hôtel de ville, à droite la maison condamnée

Je m’étais rendu là-bas à dessein d’illustrer mon propos et il se trouvait que par le plus grand des hasards une camarade m’accompagnait qui n’était pas au fait de cette destruction. Une minute auparavant nous discutions pizza et huile piquante, elle assurant de me renseigner sur une excellente adresse à Villeurbanne. Elle découvrit, la mort dans l’âme que ses fameuses pizzas  avaient définitivement déménagé, faute d’avoir pu s’accommoder d’un nouvel ingrédient : le gravât à gros grains, sauce goudron. Mais voici précisément la circonstance qui la décida  à me faire une petite présentation, la sienne, de la vie des lieux qu’elle avait bien connus.

La cour et ses dépendances au 53

Les lieux je les ai connus pour ma part, quoique d’assez loin et à une date toute récente. Mais j’avais  rencontré le patron pizzaiolo. Cette pizza de la dernière chance fut l’occasion pour lui aussi de se livrer. C’était deux semaines avant son départ définitif, soit deux semaines après qu’il ait reçu l’injonction de vider les lieux, les propriétaires ne s’étant pas priver de l’aubaine de rentabiliser un bout de terrain qui pour eux ne valait pas davantage que s’il était occupé par un champ d’orties. Les gens qui sous-estiment l’effet et les vertus de l’apparence de leur ville et qui ne croient pas que cette apparence soit décisive à la qualité du vivre ensemble, s’entendent en général à merveille, d’un coté pour vendre, de l’autre pour acheter sans s’embarrasser de beaucoup de scrupules. Merci à eux.

 

***

Les deux maisons promises à la démolition sont sises au 53 et 55 de la rue Verlaine. Chacune compte deux étages. La première sous un toit traditionnel à deux versants et murs gouttereaux orientés cour et rue, la seconde présentant un mur pignon sous une petite croupe en façade abritant son dernier étage limité à une seule travée visible .

le 53 et 55 rue Verlaine

Une petite modénature souligne la plupart des baies, garnies de crossettes peu saillantes, avec au 53 une répétition de cet ornement dans l’œil-de-bœuf inscrit dans un ovale. Cet œil-de-bœuf est assurément l’élément original qui signale la maison.

L’œil-de-bœuf au 53
Détail de la façade du 55 rue Verlaine

A ses cotés, la porte présente un alignement de panneaux embrevés, sobres, mais qui dénote un soin décoratif certain. Les gardes-corps des baies, eux, sont en fonte, de style Art Déco. Au coté sud enfin une allée ombragée longe le 55 et circule entre un mur, un auvent et un escalier de façade incluant à hauteur du premier étage une petite coursive.

Allée longeant au sud le N° 55

Au dedans du N° 53 c’est un escalier droit suspendu, garni d’une sobre rampe.

Escalier du N° 53

Ces maisons aux lignes et aux dimensions simples et attachantes dénotent avec leur environnement. On va remédier à cet état de fait et corriger l’anomalie comme on arrache la mauvaise herbe. C’est un havre, une singularité, une richesse que nous échangeons contre l’inexorable et interchangeable carcan de vivre, la fabrique du banal. Faut-il former le vœu qu’un Domino’s Pizza, usine à pizzas, bâclée dans une brique de 30 mètres qui nous bouchera la vue, s’y substitue?

La conservation de l’ancien est-elle pourtant l’affaire de seuls vieux croutons tournés obstinément vers le passé, ou aussi celle d’esprits pour qui elle constitue un liant, un vecteur de cohésion et de vie sociale?

Démolition, 31 rue Jean Bourgey, Villeurbanne

Démolition, 31 rue Jean Bourgey, Villeurbanne

Démolie, la petite maison du 31 de la rue Jean Bourgey, elle n’est assurément pas la première et n’est guère déterminée à demeurer longtemps dernière détruite dans le voisinage. Effet collatéral du projet d’extension de l’avenue Henri Barbusse, dit projet Gratte-ciel nord, quantité de bâtiments sont par conséquent appelés à « sauter » dans cette fièvre de reconstruction et c’est une longue fête à la poussière qui a commencé tôt et finira tard. Le projet de logements qui accapare les lieux concerne d’ailleurs également le N°181 du Cours Emile Zola, contigu et dans le même ilot, mais que je m’abstiendrai d’évoquer plus longuement.

Façade principale de la villa au 31 rue J Bourgey

La petit villa dont il s’agit agençait ses volumes d’un autre temps : années 30, années 40 peut-être, époque du béton (de machefer), ce dont j’ai pu obtenir confirmation grâce au splendide écorché de façade dont les pelleteuses, toute disposées à faire mon instruction, m’ont servi la leçon ce matin même, sur le coup des 8h30, 8h45. Providentiel cour d’anatomie dont je me fusse dispensé, aussi vrai que mon instruction sur le sujet  des matériaux me paraissait suffisamment dotée et dont les inévitables lacunes par ailleurs se fussent souverainement accommodées du doute.

Paupières tantôt ouvertes, tantôt closes pudiquement sur sa propre déchéance, les quelques feuillets épars des choses qui s’en vont sont l’intimité volée à la ruine. Elle concilie le souvenir de vieilles choses mais aussi de vieilles gens que je ne connais pas mais dont les vestiges indiquent le souvenir : échantillons de décoration désuète, traces d’aménagements à l’inverse fort récents mais brisés, tout dort, paisiblement ravalé et nivelé dans la ruine.

La poésie de la ruine m’évoque toujours un effroyable gâchis, une fièvre de démolir, de refaire, hantise d’une société où le goût de la consommation plus que le besoin ou l’exigence de bien faire, étend son vouloir sur chacune de nos décisions pour nous détourner de celles de la simplicité et de la raison.

***

Un petit mur sépare encore la rue du jardin qui enserrait la villa. Elle, projetait des formes simples mais gracieuses avec au devant un vestibule bien matérialisé, ouvert sur la cour et précédé de quelques marches :

Le vestibule à l’instar du reste de la villa était couvert d’une toiture saillante supportée par des consoles ouvrées mais là encore d’un goût sans ostentation. Un petit oeil-de-boeuf fermé par une serrurerie en fonte était visible sur le bâtiment principal de la villa, à l’aplomb dudit vestibule :

Oeil-de-boeuf, bâtiment principal

Cette serrurerie sommaire était un simple treillis à mailles carrées, sobre et géométrique, mais  accueillant en son milieu une spirale qui dénotait.

Au sol de ce vestibule se voyait un carrelage manifestement contemporain de la construction :

La façade arrière était pourvue d’un perron, coté jardin, surmonté comme de juste d’une marquise aux consoles métalliques ouvragées.

Enfin, au volume du vestibule précédemment cité, répondait celui d’un second petit corps en saillie qui devait faire office de véranda, orientée au sud :

Façade arrière
Marquise sur l’arrière

De toutes ces choses à l’heure où je parle il ne reste rien, hors peut-être les fondements de la maison. La démolition était engagée d’ailleurs, comme on s’en aperçoit, au moment des prises de vue.

Je m’étais pris à rêvasser bêtement dessous cette fameuse marquise, songeant au paquet de pluies qu’elle s’était prise sur la tête, et aux têtes dessous même tout occupées de vies, de guerre et de pluie encore. Alors j’ai tenté de la poétiser un peu, elle et son petit look d’un autre âge, elle et ses petites nervures stylées :

Voilà. C’est assez dit et assez bavardé. J’ai été le dernier à cogner mes soupirs à cette fâcheuse marquise, la vue à présent doit être parfaitement dégagée et n’importe la pluie sur un chantier.

Au spectacle de la démolition, je suis rentré chez moi avec l’intention de déballer ce sujet qui attendait patiemment son heure, rattrapé ce matin par la réalité qui m’a paru sous le ciel gris plus crue qu’un scalp.

 

 

Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

Fermeture de la Salle Rameau (Lyon) et pétition.

L’annonce de la fermeture définitive de la Salle Rameau n’a certes rien de très neuf. Il n’empêche, sombres heures pour la culture. Après la fermeture du Musée des Hospices Civils en 2010, imité demain par le Musée des Tissus et celui des Arts décoratifs, voici le devenir de la salle Rameau biffé en lettres noires sur l’horizon 2017.

La salle Rameau a vu le jour en 1907 sous l’impulsion de Georges Martin Witkowski, compositeur et chef d’orchestre. C’était l’époque où le vieux quartier de la Martinière secouait ses oripeaux. Son vétuste réseau de voies étroites cédait à un urbanisme forcé qui devait métamorphoser sa figure. Témoin, une façade qui emprunte avec parcimonie au lexique de son temps : quelques éléments d’un Art nouveau nuancé et sans exubérance dans leur expression décorative, comme souvent à Lyon.

Quel avenir donc pour cette future ex-salle de spectacles et de concerts dont l’imposante physionomie apporte sa contribution à l’esprit de monumentalité qui règne au quartier de la Martinière ? On ne sait.

Ce qui est certain en revanche c’est que la Ville s’en défait pour s’assurer de précieuses économies. Voilà la tendance observée en ce moment, au niveau national d’ailleurs : rogner sur ce qui ne sert à rien. Nous sommes en effet trop pauvres et la culture ne sert effectivement à rien, voilà deux vérités parfaitement démontrées.

Des vérités, il en existe d’autres pourtant : le pays n’a jamais produit autant de richesses, de gros actionnaires s’accaparent 85% des profits des entreprises au lieu de les réinvestir dans l’économie, la fraude fiscale coûte des milliards à la France, il existe un fossé enfin, et qui ne cesse de se creuser, entre d’un bord de très riches qu’observent du bord opposé tous les déshérités de l’espèce humaine. En 2017, nous nous flattons en effet d’entendre que les huit individus les plus riches du globe possèdent à eux seuls ce que possède la moitié la plus pauvre de l’humanité. Et, qu’on se rassure, tout ceci n’est que l’effet d’un mouvement d’inégalité qui tend encore à s’amplifier, toujours aux dépens des plus pauvres, mais aussi des classes moyennes.

Et la ville, comme le reste, est à vendre, à vendre aux plus offrants. Le Patrimoine et la Culture, la ville, censément celle du peuple, s’en va, celle des riches s’y substitue. Les emblèmes de notre patrimoine culturel  se convertissent volontiers en centres de la gastronomie et autres hôtels de luxe. La ville devient un gigantesque terrain de golf pour riches, un parc d’attraction pour argentés internationaux qui ne vous sera pas consacré. Car la Culture ou le reste, dans ce monde où ce qui ne rapporte pas assez ne trouve plus sa place, est vouée à tirer son ultime révérence. Les atteintes à la culture ne constituent par conséquent qu’un des innombrables aspects de la dégradation, de l’éclatement de nos structures de vie et de la défection de l’État dans ses fonctions de conservation et de protection les plus élémentaires. Mais comment d’ailleurs pousser plus avant de telles lamentations quand pour beaucoup  ce sont déjà et surtout les conditions de subsistance les plus élémentaires qui sont en jeu. Ceux qui travaillent dans des boulots déjà précaires savent de quoi je parle, ceux qui n’en trouvent même pas, plus encore : le monde qui se prépare achève de se construire sans vous.

A l’heure où Macron, Macron le banquier d’affaires, vient battre et hurler campagne à Lyon, accueilli bras ouvert Par Collomb, notre bon maire, et aux cris hystériques de « Macron, président ! », l’heure est à se demander de quel tournant plus radical notre civilisation se chauffera.

Alors, de l’ubérisation en veux-tu en voilà dans chaque parcelle de la vie, une guerre libérale de tous contre tous, où tout se monétise mais avec le sourire, un air cool de self made man, modèle dans lequel ceux qui ont réussi sont cités en exemples sans jamais rappeler en revanche que la condition sine qua non du succès de ces quelques-uns c’est précisément l’échec et la détresse de tous les autres.  Macronisez-vous, soyez flexibles, soyez souples, embrassez votre cul en faisant le grand tour, et retroussez-vous les manches en beuglant « En Marche ! », en marche en laissant les autres derrière, en marche avec Emmanuel, co-auteur d’une loi travail synonyme de bordellisation de la protection des salariés ; marchand d’un yaourt ni de Gauche, ni de Droite, mais pas au Centre non plus, qui n’attend que le programme du produit concurrent pour définir et aligner sa stratégie marketing, emballage dernier cri d’un ultra libéralisme qui non seulement réserve la même fessée que la Droite la plus conservatrice mais de surcroit avance masqué et sans seulement le courage de ses opinions.
Pour tous les autres, attrapez la main de votre voisin, et n‘oubliez pas que celui qui perd l’équilibre aujourd’hui c’est celui qui vous aidera à vous relever demain : de société digne de ce nom il n’en existe pas d’autres.

Et dans tout ceci enfin, gardons en tête que la culture, le jeu, la représentation, le patrimoine, sont les liants qui assurent aux individus et aux peuples, cohésion, dialogue, entente et esprit. Une société qui le méconnait n’emprunte pas le bon chemin, une société qui le méconnait ne s’achemine jamais que plus profondément dans la rupture, la crise et la décadence.

Pétition pour que la salle conserve sa vocation culturelle : Ici 

Démolition 7 à 11 rue Edouard Aynard, Villeurbanne

Démolition 7 à 11 rue Edouard Aynard, Villeurbanne

Ne voilà-t-il pas la rue Edouard Aynard copieusement mise au devant de la scène avec deux projets architecturaux d’envergure ? Si fait. C’était d’ailleurs une telle bousculade qu’il était à se demander si la rue serait assez grande encore pour répondre aux conjointes assiduités de  SLC pitance et Kauffman & Broad, ces deux poids lourds de la démolition, et autres bulldozer-passion. Au final, Kauffy a obtenu les 7 et 9 de la rue tandis que Pitoo s’empare du 11.

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9 rue Aynard, façade, en sursis, future Villa Aynard.

Le 1er projet, celui de Kauffman donc, c’est la « Villa Aynard ». Rien de particulier à observer sinon qu’il mise par son choix éponyme et sobre sur une référence de terroir plutôt sexy. C’était en outre parier sur la sécurité : avec ce patronyme explicite, impossible de confondre ce nouvel immeuble, ou plutôt nouvelle « villa », blanche et lisse de son état, avec une autre, une voisine, qui sait ?  Son nom l’assigne en effet à sa rue sans possibilité d’erreur et plus fidèlement que la bûche à sa cheminée ou que le chien à son maître (note personnelle : penser à trouver des comparaisons moins prosaïques la prochaine fois, tout de même). C’est aussi, en somme, l’atout des noms dépourvus de toute créativité, comme en architecture du reste. En clair, le défunt député du Rhône (E Aynard) ne serait pas peu fier de voir que sa postérité ne s’étend plus seulement à une rue mais aussi à l’un de ses édifices. Une consécration.

Nous avons évoqué le 1er projet, examinons à présent le suivant.

Celui-ci affiche « Le Manhattan ». Gageons que cette entreprise, emportée par son accent sauce West coast, contribuera à conférer cette touche américaine qui manquait si cruellement au quartier. Ses mirifiques lignes sans doute inspireront un bilinguisme neuf, soudain et intraitable, un développement du commerce international sans doute, ou pourquoi pas des transactions en US dollars. A l’inverse du précédent projet il ne fait aucun doute qu’un véritable brainstorming, seul, aura pu résoudre la lourde responsabilité d’attribution de nom qui seyait à cette ambitieuse façade à parement de briques.

Car, oui, la brique est à la mode, la mode est à la brique. On l’éprouve à chaque coin de nos modernes rues. L’inspiration, le verbe, devait par conséquent et naturellement se tourner vers les buildings de Chicago ou de Manhattan. Et c’est un frémissement d’impatience qui secoue tous les amateurs de briques, jeunes ou vieux, à l’annonce de l’exotique projet outre Atlantique de franchir les sept mers, telle une tortue ninja jaillissant hors de ses natifs égouts new-yorkais.

Nous ne manquons pas d’idées en prolongement. Des idées où l’urbanisme s’accomplirait en harmonie avec ce beau rêve américain mité jusqu’au coude. C’est pourquoi, pour ce qui restera de rue Aynard à démolir, nous n’hésitons pas à suggérer  pêle-mêle : Le Massachusetts, Le Far West ou le Blue Fucking Bullshit. Nous espérons de tout cœur que nos voix seront entendues par ces promoteurs ou par d’autres.

 

Bilan (sommaire) sur le choix des noms : Si le 2e sonne moins député du Rhône, il rend compte bien d’avantage de l’aspect briquettes en terre cuite.

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Les bâtiments qui composent le 9  sont de lointains témoins d’une vocation résidentielle, pavillonnaire, intimiste et ombragée de la rue Aynard. A peu près abolie de nos jours, c’est du moins telle qu’elle existait peu avant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de deux bâtiments séparés l’un de l’autre par une allée. L’ensemble dénote une proximité de style, d’époque et évidemment une appartenance.

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Portail de l’allée circulant entre les deux bâtiments du 9 rue Aynard

Le rez-de-chaussée est supporté par un embasement dont le parement est à bossage léger. Un soin nuancé est apporté au traitement décoratif.  Garde-corps en fonte Art déco d’un dessin standardisé, chambranle des baies aux lignes épurées, volets métalliques, le tout d’une typologie de construction caractéristique des années 30. La verdure enchâsse les habitations, modestes, dans un cadre très amène. Ces dispositions ne manquent pas d’attirer le regard, ni d’inspirer les réflexions qui s’imposent sur les critères d’un authentique cadre de vie.

Baie ornée d’un chambranle plat et de son garde-corps, au 9 de la rue Aynard

 

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9 rue Aymard, appui de fenêtre, garde corps et embasement avec traitement en bossages.
9 rue Aynard, allée entre les deux bâtiments, perron, entrée et marquise.
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Pièce au r-d-c du 9 rue Aynard avec sa cheminée en cours de démolition.

 

Je me rappelle il y a quelques mois, vers la fin de l’été, au moment de mes prises de vue les plus lumineuses, avoir entraperçu des gens par la fenêtre. Où sont-ils à présent ? J’éprouve en ce jour quelques regrets de n’avoir trouvé lors la force et l’audace de les interroger.

Enfin, vous comme moi, mes regrets, nous voilà autorisés à conjuguer tout cela au passé.

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Démolition 46 rue Julien et 15 rue Camille

Démolition 46 rue Julien et 15 rue Camille

Quand, du coté de Monchat, tu te portes à la rencontre de Camille et de Julien avec le sentiment de passer un tout petit peu trop tard, et que tu te demandes alors : « Mais qu’y avait-il donc ici la semaine dernière, Sacrebleu, avant ce pittoresque trou d’obus ? »

Réponse grâce à Google Map et sa fabuleuse machine à remonter le temps :

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Source : Google Map, 46 rue Julien, Mai 2014

Ah, d’accord. Merci Google de conserver une trace plus indélébile de notre patrimoine lyonnais que ne le fait la municipalité.

Après une brève enquête, il apparait que la maison démolie au 46 de la rue Julien était au début du XXe siècle propriété de la famille Blain. Quant aux terrains mitoyens à la même époque, ils appartenaient à Allamel ; Allamel, société toujours en activité (atelier de plomberie) dans la maison en bout de parcelle au sud (qui ne semble pas concernée par le projet).

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Carrefour des rues Julien et Camille. Vue sur les ateliers Allamel attenants à la maison Blain, au 46, déjà démolie, naguère dans l’emplacement vide à gauche.

Si la maison au 46 rue Julien n’a plus nom ni visage, l’avenir, lui en a trouvé dans ce programme signé Katrimmo : 7 à Montchat.

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Le quartier Monchat, son cadre idyllique, y est mis en avant et constitue un convaincant argument de vente, mais sans qu’à aucun moment ne soit passée par la tête des promoteurs  l’idée de composer avec lui ou de le respecter. Voilà donc le genre de programme immobilier qui capte à son profit l’aménité du cadre mais sans en respecter l’essence, le tout avec un opportunisme qui mériterait des coups de pied dans le derrière.

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Après un panneau si promoteur, prometteur, on reste naturellement sur sa faim, et ça se comprend sans peine. Vous voudriez vous faire une idée plus nette de ce que projet prépare concrètement sur le terrain ? Il suffit de faire trois pas. C’est chemin faisant en effet, dans n’importe quelle direction et sans grand risque de se faire des ampoules aux pieds, qu’on tombe nez à nez avec diverses curiosités architecturales présentant un air de parenté, dont voici un magnifique échantillon :

17 rue Julien
17 rue Julien

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Tiens tiens, Katrimmo, vous ici ? Comme on se retrouve.

Au reste, qu’elle soit ou non le fait de Katrimmo, cette inestimable architecture compte de nombreux émules dans les parages. Et on ne s’en lasse pas : non seulement elle s’intègre parfaitement au quartier mais en plus elle puise dans un registre qui offre naturellement à l’œil les richesses d’une grande variété, spécialement pour ceux qui collectionnent chez eux les cubes sous tous leurs aspects : Rubik’s cube, Apéricubes ® (l’apéro à pleins cubes), GameCube, ainsi que les DVD des films Cube et son inestimable suite Hypercube, etc.

Bref (on s’épuiserait en illustrations) :

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Angle rue Antoinette et Charles Richard où la fascination du cube est devenue une institution

Des cubes enfin qui ont de l’avenir :

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Pourquoi en effet s’arrêter en si bon chemin?

 

 

 

Association Les ateliers La Mouche

Association Les ateliers La Mouche

Cette (honorable) association créée en juillet dernier, se donne pour tâche la protection et la valorisation des anciens ateliers de la Mouche, dont le devenir, en plein cœur du 7e arrondissement de Lyon, est aujourd’hui en question. Afin d’asseoir son propos, elle organise régulièrement des visites auxquelles les citoyens sont gracieusement conviés. Le mot d’ordre est à une réhabilitation respectueuse des lieux tournée vers un usage destiné au plus grand nombre. Heureuse initiative que celle qui invite les habitants à devenir acteurs de leur ville à travers un lieu si riche et fédérateur !

Pour avoir pris part à la visite organisée samedi dernier, ravi à la vue du joyau que constitue l’ancienne rotonde ferroviaire (mais qui ne doit pas faire oublier que l’ensemble du site s’étale sur une vaste superficie d’environ 6 ha), je ne peux qu’encourager tous ceux qui me liront à suivre et adhérer au projet via sa page Facebook et son site Web.

Démolition : 40 au 44 rue Saint-Isidore

Démolition : 40 au 44 rue Saint-Isidore

Je m’en suis aperçu en me baladant hier : la persistance de la rue Saint-Isidore au sein de Monchat comme belle, simple et attachante rue de village est devenue un concept très relatif. Monchat, peut-on s’enthousiasmer pour notre ville, les joyaux qu’elle recèle, et se dispenser de connaitre Monchat ?

Monchat, c’est une parade bourgeoise proprette où les usines mêmes s’enrobent de verdure dans une accolade lumineuse :

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Avec de-ci de-là d’éloquentes touches, celles d’un art architectural qui infléchit le temps à ses caprices et à ses courbes :

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Ici une maison et sa grille Art nouveau rue Jeanne d’Arc, tout à coté.

Et, pour que je revienne d’une balade de Monchat en me disant que décidément tout va très bien mieux madame la marquise, il aurait sans doute fallu que j’y fusse passé les yeux bandés et des bouchons de 8 cm dans les oreilles; stratégie de déplacement qui, au vu de la conjoncture actuelle, eût été le moyen le plus efficace pour me cogner à une grue ou une pelleteuse (et me retrouver impliqué bien malgré moi dans une sombre histoire de terrassement de chantier).

Tout au sud de la dite rue donc c’est tout un carrefour qui est aboli. Maisons, pavillons, ateliers, tout doit disparaitre. Et, à l’heure où je parle, la majeure partie de ce qui figure dans ce cercle rouge n’existe plus déjà :

Carrefour St-Isidore et Jeanne d’Arc, Vues Google Earth dans le sens sud-est et Google Maps dans le sens sud-ouest.

Alors on ne va surtout pas réclamer contre le besoin de construction, pas aujourd’hui, pas ce matin ni ce soir, juste contre la façon dédaigneuse dont il s’exprime qui est une négation de l’histoire, d’une harmonie et souvent d’un mode de vivre. Négation dictée par un seul principe : le profit, l’avidité de produire vite et mal sans égard pour rien ni personne.

Les nouvelles constructions ne nuiront certes pas à l’harmonie par leur hauteur. En revanche c’est aussi la prédominance des clos de pierres (ou plus souvent de pisé), ruraux, qui confère ses caractéristiques au quartier. Ne pas les conserver, eux et leurs éléments emblématiques que constituent les portails d’entrée souvent fort remarquables, le tout pour leur suppléer de longues façades blanches, ineptes et découpées par Mr Design, c’est d’un mépris sans nom !

Ainsi, aux alentours du vaste espace en friche visible sur la vue aérienne c’est un sacré coup de jeune, du genre lifting raté, qui rappellera les heures sombres de la chirurgie esthétique et les plus grands échecs du bistouri qui l’ont accompagnée.

Ici une petite maison en bout de course de la grue qui pose pour la postérité avant d’aller rejoindre ses copines dans l’éternité :

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40 rue St-Isidore

Elle ne se doute encore de rien, laissez-là dormir encore un peu, insoucieuse du progrès et des lumières de Lyon Métropole Habitat qui lui arrivent du coté droit.

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Autre point de vue, conçu comme une allégorie de la lumière du progrès moderne poignant à l’horizon contre les sheds de la barbarie.

Soucieux de ne plomber la journée de personne, je terminerai bien entendu sur une touche légère pensée comme un petit jeu.

Sur ce cliché trouvez l’erreur :

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Un indice, il pourrait s’agir d’une erreur de plus de 20 mètres de long.

 

Démolition : 6 Rue Béranger.

Démolition : 6 Rue Béranger.

Je passais suffisamment souvent devant elle pour me préoccuper à bon droit de son avenir. Je me disais : « Tu n’as pas la carrure ma petite, des ambitions de logement proches de la nullité, et en plus tu as le front de tourner le dos à cette puante de Part-Dieu qui t’arrive par derrière. A ce stade de désinvolture c’est d’ailleurs de l’inconscience»

Bilan des courses quand j’ai aperçu hier un petit panneau de voirie placardé sur ta figure, je me suis dit : « Toi tu vas avoir des problèmes ».

Rebilan des courses : Démolition totale.

Certaines fois on lit Démolition partielle avec conservation éventuelle d’un truc peut-être etc, là non c’est Démolition totale, inutile donc d’aller se faire suer jusqu’au service de l’urbanisme pour se faire une idée plus précise du projet, il est tout indiqué par ce panneau, plus lisse qu’un procès verbal : immeuble de bureau. Quand je te disais que la Part Dieu te lorgnait dessus !

Au lieu de te rendre habitable et de faire fleurir ton joli balcon, on te substitue une vitrine de verre trempé, quelque chose qui manquait au paysage quoi.

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