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Démolitions, 71 rue bellecombe, 14 et 16 rue germain.

Démolitions, 71 rue bellecombe, 14 et 16 rue germain.

Avec ses espaces dégagés et arasés de verdure, Ce charmant pan coupé dessiné entre les rues Germain et  Bellecombe ressemblait à une résurgence d’un autre temps.  Captive dans cet assoupissement de branches, cette touche de couleur étonnait la longévité.  Minuscule mais orgueilleuse flaque tout irisée d’émeraude, elle s’était, pour traverser jusqu’à nous les décennies, affairée docilement aux besognes requises d’elle dans la succession des hommes et des heures.

Détail, jambage du portail d’entré 71 rue Bellecombe.

Depuis longtemps déjà pourtant ses murs, ses arbres, n’avaient de force qu’à prêter leur reflet à la croissance monstrueuse qui se dressait alentour, croissance plus monstrueuse encore à mesure que sa convoitise la portait à se pencher sur elle. Avec le temps, l’acte final joué à grands bruits, elle s’est ensevelie dans un dernier sommeil. Et voici, cette dernière nuit a bien compté de pétales au pauvre bouquet. Son portail d’angle, en sursis, assume seul désormais la charge du souvenir. Figé, changé, vestige de plus, il a pris les allures et le teint gris d’une cassette dépouillée de son trésor, tout le reste s’en est allé.

Allée du 71 rue Bellecombe/14 et 16 rue Germain, printemps 2017.

Difficile d’entrainer avec moi ce soir mes pensées sur son souvenir. Mon imagination se fond dans les dernières agitations de ma mémoire toute faite de pudeurs et de voleries. Ces choses je les ai dépouillées du regard à force de les embrasser des deux yeux, j’ai l’impression de les avoir usées. Je n’ose alors imaginer ce qu’elles ont été pour tant de ces autres, qui les ont connues, habitées, fréquentées, celles et ceux enfin et surtout qui les ont fait vivre jusqu’à la fin, plutôt que de les avoir comme moi simplement hantées.

Le chalet dans la cour.

Il n’en reste aujourd’hui qu’une poignée qui glisse à la poussière, mais j’ai rassemblé assez de documents sans doute pour élargir mon champ de production sur son compte. C’est donc une affaire de plus à suivre, à remuer au prochain jour. Et c’est précisément parce que j’ai encore beaucoup à en dire que j’en dirai juste assez aujourd’hui pour faire retentir sa démolition.

Entrée du site, 71 rue Bellecombe.

Ensemble d’édifices dont la construction s’est étalée de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, il abritait les ateliers de charpenterie d’où sortirent  les poutres qui servirent à la construction de la préfecture du Rhône en 1883. Pas seulement en réalité car on retrouve Philippe Débat, son propriétaire, et ses successeurs, dans l’adjudication d’autres chantiers publics et privés d’envergure. Traçons une ligne dans l’axe Est-Ouest en plein cœur de l’ilot cerné par le Cours Lafayette,  les rues Germain, Bellecombe, Sainte-Geneviève, nous nous ferons une idée approximative de ce que possédait Philippe Débat dans la moitié septentrionale ainsi définie.

Google Maps, carrefour rue Germain et Bellecombe, vue en direction de l’Est.

Ici en 1880, Débat avait acquis de Vincent Serre une infime parcelle de l’ancien domaine de Bellecombe. Il y fit construire le nécessaire dans la foulée. Tout autour de sa propre demeure et de ses lieux de travail il entreprit d’élever dans un second temps des immeubles de rapport qui eux, fort heureusement, survivront à ces aléas estivaux. C’est par conséquent et néanmoins d’un ensemble cohérent, lisible et érigé à la faveur d’une existence laborieuse que nous dépossède notre siècle lyonnais, Diable vorace.

Arrière d’un immeuble de rapport de la rue Bellecombe, vu depuis l’allée du 71 rue Bellecombe/ 14 rue Germain.

Il existait un grand entrepôt charpenté. Il se tenait en fond de cour, aux abords d’un paysage verdoyant dont les débordements respectaient les alignements goudronnés d’une allée desservant divers bâtiments. Il n’existe plus.

C’était, entre tous ces éléments éclatés, le symbole éminent au caractère architectural avéré, de cette activité du bois, ici, dans cet ancien site suburbain. La main inspirée y esquissait un paysage à part entière, lieu de verdure, le dernier à insuffler sa respiration à la rue Bellecombe, ci-devant vieux chemin champêtre tiré entre les Charpennes et  l’ancien chemin de Saint-Antoine.

Grand entrepôt rue Bellecombe

Voilà pour l’histoire.

Condamnés à céder au rythme de la modernité,  tous les bâtiments liés à l’industrie du bois s’en sont allés : l’atelier en retour de ce grand entrepôt, l’espèce de chalet sur cour, mais aussi les dépendances sur la rue Germain, les anciennes écuries et l’atypique petite construction qui se voyait à ses cotés revêtue de pans de bois comme d’une peau barbare.

Entrée du site à gauche. Petite construction au 14 rue Germain.

A l’époque où j’ai connu le site, il entrait dans son état de ville fantôme. Mais c’était un état bien lointain encore de l’idée qu’on se fait de la disgrâce. Fort longtemps en effet ses grilles flanquées d’arbres étaient demeurées ouvertes à la flânerie, baillant sans jalouse ostentation. Ouvertes, elles l’ont été en réalité jusqu’à la fin, la fin et l’arrivée des camions de la très prosaïque société de désamiantage qui a lâché ici son armée de petits extraterrestres en combinaison pour lui rafler son écorce.

Intérieur du bâtiment en bois ou travaillait Labrousse.

La menuiserie Labrousse y travailla jusqu’en 2016, perpétuant entre ces murs et à son insu la tradition du bois. A peu de temps de là, en remontant encore les années, ce petit havre accueillait dans sa cour les paniers de légumes et tant d’autres activités collectives et associatives : on y a dansé, on s’y est regroupé de bien artistes façons. L’immobilier, qui a toujours le dernier mot sur tout, avec ses jantes d’or et de fer programma le départ de ces activités une à une. Ce petit foyer de vie s’anémiait.

Il y a un an déjà j’assistais eu départ de la dernière asso, Aremacs.  Association dévolue au tri et au recyclage des déchets en période de festival, elle allait planter son drapeau en d’autres lieux. Elle était la toute dernière à vider ceux-là.

Le site, offrait désormais une figure chagrine et contrastée : repli sur lui-même entre ses griffes végétales obstinées, et refus de cesser d’ouvrir les mains vers le ciel et la terre. Cette  friche, brillant aux profils de chaque saison, ses vantaux béant comme la paire de bras investi d’une mission de porter l’accolade de toutes les bienvenues, combien moins il m’en aurait fallait d’ordinaire pour solliciter mon intérêt et celui de mes jambes. Campant ses décors de ville de western, c’était l’invite à venir rejouer l’explorateur et même faute de connaitre personnellement et intimement aucun des nombreux mirons qui y vagabondaient. Tous les curieux et les amoureux de la divagation l’ont emprunté, et ce cadre s’était juré sa vocation : accueillir, réunir.

Et néanmoins ne restait d’activité pérenne et régulière attitrée au passage et à l’occupation que le grand entrepôt du fond affecté au service de fortune de parking automobiles, lequel justifiait en réalité cet état d’accessibilité permanent.

Le fond de l’allée, à gauche le grand entrepôt, à droite le chalet.

Ces circonstances d’affectation pourtant n’abaissèrent pas cette grande halle qu’à des attributions si peu dignes de son envergure de caravelle. Ici, où les voitures n’étaient pas seules à roupiller, sommeillait une beauté aux yeux dorés. Ces vieilles poutres, comme je le découvris alors, c’était la crèche, le toit et la relâche que la providence avait offerts à Davy. Je n’avais plus à courir seulement après les chats (extrêmement sauvages) parmi cette jungle apprivoisée, j’avais une statue à sauver des futurs décombres. Et j’aime, repensant à tout ceci, rappeler ce que m’a dit Davy : sans ce site, le rapprochement fortuit et spontané qu’il consentait avec les autres artistes, jamais il n’aurait sculpté, car jamais il n’aurait découvert ni touché le ciseau.

L’entrepôt principal en cours de démontage.

Prenons le risque d’enfoncer une porte ouverte, pendant que celles-ci béent, car j’ai une chose à ajouter à titre de morale : c’est qu’ il faut  des lieux pour permettre aux hommes et aux femmes de se rencontrer, croiser leur destin autour de ce qu’il y a de meilleur. Et quand certains cadres de vies créent pour l’homme de ces dispositions favorables que tout autre cadre de vie leur refuse en ne leur offrant que de s’entasser, sans se parler, sans se connaitre….

Démolition des anciennes écuries, 16 rue Germain.

***

Je ne peux conclure sur la rue Germain sans évoquer ce qui se joue à cent mètres de là, soit sur l’autre ilot séparé du précédant à l’est par la rue Sainte-Geneviève. Ici les anciennes blanchisseries des Hospices civils de Lyon, qui ont décampé (un peu comme la menuiserie Labrousse finalement), cèdent leur place à un ensemble immobilier, logements, commerces.

Façade des blanchisseries sur le Cours Lafayette.
Arrière des blanchisseries, angle rue Germains et Sainte -Geneviève.

Il s’agit, en ce qui nous concerne, du chantier le plus proche, à pieds ou à vol d’oiseau, n’importe le moyen de transport, le deuxième à droite en partant du début de la rue Germain, vous ne pouvez pas vous tromper,  piétons passez en face. Et pour preuve de cette fusionnelle proximité où les poussières font bon ménage, sans discrimination aucune entre les deux cotés de la rue, voici ce cliché exclusif qui réunit d’un point de vue opportun le tout dans la poésie de la ruine, chapitre qui en tant que tel n’a rien de navrant en soi, et aussi vrai qu’on se réjouit de bien plus tragique en lisant l’Iliade :

Prise de vue sur un double chantier.

Le projet concernant l’ancien site des HCL n’est ni disgracieux ni vandale, car il intègre assez avantageusement les anciens volumes années 50 de l’édifice qu’il conserve et réhabilite en partie, au même titre que de nombreux éléments visibles sur le Cours Lafayette (le porche, le kiosque, etc.)

Le kiosque dans la cour doit être conservé avec le reste de l’espace environnant.

Seuls bémols dans cette entreprise de réhabilitation partielle : la disparition du bâtiment, rue Germain, à l’arrière, et qui composait manifestement le tissu ancien du site, antérieur par conséquent aux années 50.

Façade arrière du site des blanchisseries, partie ancienne sur la rue Germain en démolition.

Idem pour la partie du bâtiment des années 50 cette fois, en longueur sur la rue Sainte-Geneviève, amputé de plusieurs travées dont cette espèce de tour. C’est donc avec regret que j’ai vu disparaitre cette surélévation. Surélévation que jusqu’au bout – et même jusqu’à la dernière seconde en fervent défenseur des causes perdues d’avance,  jurant et croyant dur comme fer que la pelleteuse en s’y aventurant s’y casserait les dents, ou qu’elle aurait des remords, etc – j’ai espéré voir conservée, et dont la perte actuelle nuit gravement à votre santé et à la cohérence de l’édifice :

Le moment fatidique où tu comprends que la tour ne sera sans doute pas conservée finalement.

Quelle succession de bouleversements pour  cette portion de rue qui s’allongeait en anciens clos et en ombres paisibles. Même les amateurs de pelles mécaniques ne savent plus où donner de la tête, compris ceux dont c’est la passion, c’est dire.

Site des HCL au repos, au fond une partie des bâtiments de Philippe Débat conservés sur la rue Sainte-Geneviève.

Les plus courageux d’entre vous peuvent toujours tenter d’arroser les tranchées. Peut-être vous poussera-t-il au moins quelques bouquets de souvenirs.

 

La défunte entrée des menuiseries Labrousse au 14 rue germain.
A l’heure où même les pelleteuses se reposent avec le sens du devoir dûment accompli.

 

L’inventaire participatif du pisé

L’inventaire participatif du pisé

L’année dernière le Musée des confluences lançait un inventaire participatif du pisé de terre dans l’agglomération lyonnaise, lequel suit actuellement son cours. Fort de mes cas lyonnais, et surtout villeurbannais, j’ai eu l’occasion de tester cet inventaire, y contribuer au moyen de mes propres travaux, clichés photos. C’est bien l’avantage de pouvoir disposer à sa guise d’autant d’écorchés et autres coupes transversales dans une ville dont on démolit tant de bouts à la fois.

Ce samedi matin Emmanuel Mille, architecte, doctorant au laboratoire CRAterre et initiateur du projet, organisait une rencontre pédagogique au Rize suivie d’une balade de terrain dans le secteur de Grand-Clément. La démarche visait à initier et associer les villeurbannais à cet inventaire, terre en main.

Cet inventaire participatif,  du reste, passants, scrutateurs méticuleux et autres habitants avertis y contribueront donc (avec bonheur) qui débusqueront ce fameux pisé de terre chez eux ou dehors au coin de la rue. Le site en ligne donne accès à une carte où l’emplacement du pisé observé est à indiquer. Lui succède un bref formulaire comprenant contribution photo (si possible) en pièce jointe. Tout le monde peut y participer.

Atelier de présentation au Rize animé par Emmanuel Mille

Si le dit inventaire limite son champ de prospection au seul pisé de terre, rappelons que le « pisé » désigne un usage de construction (au moyen d’un « pisou » on compacte la matière dans des coffrages ou banches en couches superposées) qui regroupe toutefois divers matériaux : terre, mâchefer, etc.

Pisé au 299 de la rue Paul Bert (avant démolition bien sûr)

Le pisé, ce pisé de terre, se cèle et se décèle en une vaste partie de cache-cache dont l’aire de jeu reste à définir précisément, dans la région, dans l’agglomération.

Son panel de couleurs variant du gris à l’ocre nous est assurément familier. Nous le redécouvrons en chaque lieu où les enduits destinés à le garantir de la pluie se détachent, et, plus tristement (mais non moins familièrement) quand nos vieux édifices sont scalpés un beau matin par une pelleteuse. S’il est établi de longtemps que le pisé a servi fidèlement dans notre région lyonnaise sans manquer son implantation en milieu urbain, les résultats de l’inventaire démentiront définitivement le préjugé selon lequel les constructions en terre crue seraient le propre des constructions modestes et rurales. A cet effet son recensement et sa localisation géographique permettront de gagner en clarté.

Démolition rue Léon Blum où la terre côtoyait le mâchefer (fond gauche)

L’emploi du pisé de terre en construction est rarement exclusif : il s’associait volontiers selon les besoins de constructions au pisé de mâchefer, à la maçonnerie, etc. L’image précédente dévoile une grande variété de matériaux : Terre, mâchefer, maçonnerie, étagée sur une même portion de mur :

Bien souvent, enfin, il a survécu seul dans les murs séparatifs cernant les propriétés, et alors même que se construisaient et se reconstruisaient les dites propriétés, figure pérenne,  au fil du temps.

Mur séparatif en pisé, rue Chirat

Ce projet comme tout inventaire participatif associe à son objectif  de recherche – le recensement d’un matériau de construction, le pisé de terre – l’intérêt du public en lui offrant d’y participer directement. La démarche est louable : elle permet de capitaliser une information tout en sensibilisant le public à son environnement bâti.

***

 

Par chez nous, à Villefontaine, le projet « Le village Terre » inaugurait un modèle de construction social et écologique renouant avec les savoirs-faire traditionnels dans une convaincante démonstration. C’était il y a plus de trente ans.

La construction en terre crue, c’est encore à l’heure actuelle et dans le Monde un pourcentage non négligeable de constructions domestiques et vivantes qui ont traversé les siècles. Une architecture enfin dont les propriétés de résistance ne restreignent pas à la construction de sobres masures mais portent au contraire les ambitions d’une architecture capable de se hisser sur une dizaine d’étages au besoin. A ces propriétés s’ajoutent des qualités thermique, écologique et économique qui la rendent supérieure au « béton » (béton de ciment) qui n’est devenu le standard actuel qu’au prix de monopoles, d’aveuglement, de mécanisme et de facilité de production, de consommation et de profit, totalement nuisibles à l’intérêt général.

Bref la terre crue ce n’est pas sûrement pas la poudre du passé, c’est bien une architecture qui a déjà signifié son ralliement au futur. C’est les moyens d’une alternative dont nous n’avons que commencé de nous saisir.

Saurez-vous, comme nous,  dénicher le pisé de terre sur cette photographie ? (atelier pédagogique, en balade)
Démolitions diverses, rue Marius Berliet

Démolitions diverses, rue Marius Berliet

Sujette à diverses transformations en divers points, la rue Marius Berliet méritait son petit mélange.

Des prestigieuses usines de construction automobile Berliet, dont l’importance avait raflé son nom à l’ancienne route d’Heyrieux, ne subsistent aujourd’hui que de méconnaissables loques. Ces vastes tènements industriels pourtant enjambaient allégrement la rue Audibert lavirotte qui ne semblait avoir été tracée que pour eux, et allaient occupant la meilleure part de deux ilots de maisons délimités par les rues de l’épargne, la route d’Heyrieux (future rue Berliet), les rues de l’éternité, Audibert-lavirotte et St Aignan, la rue des hérideaux et l’Avenue Berthelot enfin au sud.

Source : Archives municipales de Lyon, plan parcellaire au 1/2000e, secteur 21 en 1920, détail, vue sur les deux ilôts des usines Berliet de Lyon de part et d’autre de la rue Audibert Lavirotte.

Ici, la situation du tènement industriel pointé en rouge pour sa partie orientale (avec, à droite, un second petit marqueur de couleur identique donnant un autre ensemble en cours de démolition dans cette même rue et dont je traite plus bas) :

Tous les sheds des usines sont bien identifiables. Photographie aérienne, id de la mission C3031-0051_1954_CDP893_0990, cliché n°990, en 1954, source Géoportail.

Voici une chronologie du démembrement du site :

Avec la disparition de l’ilot occidental, dans le percement du boulevard de l’Europe au début des années 1990, le site industriel perdait aussi sa façade principale, sise avenue Berthelot .

Vue actuelle. Source : Google Maps

Adieu et perte significative, l’imagination n’a d’autre loisir que de soupirer après cette orgueilleuse façade qui offrait un digne vis-à-vis  à l’entrée du cimetière de la Guillotière. C’était enfin un trait chargé de signification historique et dont l’ancienne ligne 23 de tramway des OTL assurait la continuité : transportant corbillards d’un coté de la rue, ouvriers de l’autre. Les choses cependant s’altèrent toujours plus vite qu’on ne le croit et l’on ne pourrait taxer si uniment de vandales nos bâtisseurs/démolisseurs d’il y a 25 ans. Car, au moment où intervenait cette première démolition, la façade n’était déjà qu’un lointain souvenir de ce qu’elle avait été, très remaniée et dénaturée au commencement des années 1960.

Vue générale de l'usine, 1906. (Archives Fondation Berliet)
Usines Berliet au début du XXe siècle, source patrimoine Rhône-Alpes, service de l’inventaire.

 

En 2003, date à laquelle le service de l’inventaire publiait un contenu en ligne restituant l’histoire du site (d’Aubibert Lavirotte jusqu’à cette date), subsistait encore tout l’ilot oriental : soit la double halle et la grande halle cernant le reste des ateliers à charpente métallique (où séjourna un bowling) lesquels maintenaient une figure monumentale et cohérente sur la rue Marius Berliet.

Double halle, démolie en 2015, source Google Maps.

De ce site, dont l’histoire par ailleurs n’est plus qu’à conclure, l’œil demain s’enorgueillira avec moins de facilité que l’imaginative mémoire. Dès l’année 2014 en effet le 8e arrondissement entrait dans une phase de construction de 635 logements, activités de loisirs, bureaux,  groupe scolaire, sur l’emplacement du second ilot industriel réduit à l’état de friche industrielle depuis la cessation et le départ des dernières activités. La double halle et l’atelier hébergeant le bowling cédaient par conséquent leurs places.

En bref, c’est la célébration d’une véritable ville érigée au sein de la ville que consacre l’opération immobilière, mais dont les ramifications de projet se sont déployées sur 25 années. Et cette célébration renvoie à une réalité en matière de renouvellement urbain. Tout ici a poussé comme des champignons au pied d’un résineux, si ce n’est en une nuit en une génération.

Perspective boulevard de l’Europe à l’emplacement de l’ancienne entrée monumentale des usines Berliet

 

Et pourtant, les années succédant aux années, la lassitude aux regrets contraints devant l’habitude de ces panoramas ouverts, vacants, béant sur les souvenirs de nos anciennes friches démontées, tout a œuvré à un collectif oubli. Oui, naguère déjà « cette cité au sein de la cité » existait, et encore que peu de gens sans doute puisse s’honorer de l’avoir connue. Là, à l’acmé de sa gloire industrielle cette cité, colossale et magnifique se tenait comme une forteresse enclavée dans sa ville :

http://www.fondationberliet.org/wp-content/uploads/2016/01/Berliet-Monplaisir-1912.jpg
Source : Fondation berliet

La conservation de sites industriels,  une fois leur usage passé, dans leur intégralité comme valeur d’ensemble cohérente et lisible du point de vue de l’histoire des implantations urbaines et de celle des activités humaines, est-elle seulement un rêve ou l’application de mesures décidément reservées à de rares et exemplaires privilégiés ?  Le besoin de pure mémoire, de connaissance, du musée à ciel ouvert dont  chaque recoin livrerait sa clef pédagogique, ne peut suffire à délivrer de solution pérenne. Il en va tout autrement de l’appropriation volontaire et décidée des hommes accomplissant le choix d’inscrire leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs et proclamant : Ceci est notre mémoire, non seulement nous allons la tirer de son mutisme mais encore nous allons réutiliser son siège pour lui insuffler une vie nouvelle, une authentique vie. Associations, scops, écoles, logements, soit toutes les structures indispensables, et pourquoi pas encore un bowling car je persiste à ignorer parfaitement ce que le tout nouveau bowling en se substituant à l’ancien a gagné dans la perte de ses poutres d’acier.

Démolition de l’ancien Bowling rue Marius Berliet.

***

Si on excepte l’ancienne porte d’entrée, seule sera conservée la grande halle de la rue Marius berliet. Cadre de futurs bureaux, entre fontaines à eau réfrigérée, pile de dossiers et plantes en pots ou en parterres, elle sera, entre toutes les halles de ma connaissance, incontestablement et d’assez loin la plus heureuse des halles.

Façade de la grande halle, rue Marius Berliet.

Le projet, visible ici, confirme la conservation des volumes et la façade de la grande halle sur les rues Berliet et  st Aignan. S’y adjoint l’ intégration d’une réplique de sa charpente métallique. Il offre vraiment de quoi bondir de joie, et je ne parle pas spécialement des aficionados des plantes en pots, piles de dossiers et piles de collègues. Non, il s’agit bien d’adoration devant cette magnifique caution patrimoniale et sa conservation – une porte, une façade, une charpente revisitée ! – pour un projet qui à vue de nez a nécessité des siècles de maturation et de réflexion (dans le bureau d’en face qui était déjà construit).

Charpente de la grande halle dans son état actuel.

Rien donc à conserver des bâtiments de l’ancien bowling, coincés entre ladite grande halle et l’emplacement (déjà reconstruit) de la double halle (déjà démolie).

Bâtiment de l’ancien bowling avant démolition.
Charpente métallique du bâtiment de l’ancien bowling entre la grande halle et la double halle.

***

 

Plus loin, en accomplissant les 150 mètres nécessaires qui nous séparent du prochain chantier,  filant plein Est en suivant la rue,  c’est un ensemble de petites constructions qu’on démolit – eh oui, aussi –  du 106 au 110 de la rue Marius Berliet.

Il s’agit de petites maisons d’un seul étage précédant un grand espace industriel composé de hangars et de dépendances.

Pour entrer dans le numéro sis le plus à l’est du pâté de maisons, on emprunte une allée débouchant sur un escalier droit, latéral et à une seule volée, collé à la façade intérieure de la maison :

Au même numéro l’allée débouche sur une cour abritant hangars et dépendances :

hangar à l’arrière du N° 110 de la rue Marius Berliet.

 

L’une des façades sur rue au moins méritait quelques clichés capables de célébrer la mémoire de petites lucarnes aux moulures décoratives, lesquelles, à l’heure où j’en parle et qui est bien tardive, sont probablement tombées en poussière (faute d’être tombées de vieillesse, ce qui n’est pas donné à tout le monde) :

Lucarnes au 106 de la rue Marius Berliet
Lucarnes au 106 de la rue Marius Berliet

Les lucarnes de cette maison, au n° 106, s’intègrent dans une toiture mansardée qui attire également l’attention.

Elle assure la transition entre, d’un coté les façades modestes des 108 et 110, bientôt démolies avec elle dans la joie et la poussière, et celle du numéro 104, grand immeuble de rapport du début du XXe siècle, plus ornementé et qui n’est pas concerné par la démolition :

106 et 104 rue Marius Berliet

Je crie légèrement au scandale en voyant démolir cette fameuse petite maison, même si je n’ignore pas que les orangers, du fond de cette cour, seuls, entendront le son de ma voix. Et j’y ajoute, à titre d’argument et de plainte supplémentaire, le panorama de la dite cour, ombragée et arborée, qu’elle présentait il y a peu de temps encore.

Le 106 rue Berliet, coté cour.

De manière générale, l’ensemble du tènement n’était pas exempt de verdure :

 

Voilà pour la rue Berliet.

Entre ici et là-bas c’est la promesse sans cesse reformulée d’une architecture d’autant de variété qu’il y a de reliefs sur le dessus d’une biscotte. Blancs corridors, noirs demain sous le couvert de la pollution. Et l’absorption des variétés de hauteur que nous a laissées la ville d’hier dans un modèle version horizon linéaire et étouffant :

Nouveau passage pratiqué à l’emplacement des deux halles de Berliet.

Par dessus tout, elle se développe et se célèbre comme si son existence n’était pas la négation de quelque chose qui lui aurait pré-existé.

Les maisons allant du 106 au 110 de la rue Berliet, un obus dans le dos.

 

Alors, tandis que les démolitions respectives suivent leurs cours, que celles-ci, à l’instar d’autres ne nous empêchent pas de rêver l’architecture, la rendre à elle-même dans ce désœuvrement de l’art qui semble dominer les usages.

Bowling
Vision des bâtiments de l’ancien bowling quelques jours avant sa démolition, pris avec les reflets de vitrines.

 

 

Souvenir du Champs Clos, Rosières.

Souvenir du Champs Clos, Rosières.

Fenêtre ouverte sur lumières harassantes et toitures de béton, le regard lui-même n’avouait plus que l’asphyxie des jours à venir. Fuyant donc les fournaises des agglomérations, j’ai emprunté ce weekend des sentiers qui évoquaient déjà l’aventure et le trèfle. Et me voici de retour, avec dans ma giberne le souvenir des beaux jours. Et puisque même sur ma peau de citadin les coups de soleil, heureusement, ne dureront pas, me voici à m’épancher à l’ombre d’un souvenir.

Pays de lauzes et de basalte qui sont la mémoire de dragons enfouis, pays aussi des argiles de couleurs étagées en gouffre, voici un séjour qui respire une fraicheur que je veux partager.

Le ravin de Corboeuf à Rosières et ses strates bigarrées

A Rosières, le long de la route qui mène au Puy, c’est-à-dire un chemin arpenté de longue date par les pèlerins, chaque recoin offre l’occasion d’une démonstration de foi. Fonte colossale pour la croix érigée en  place publique ici, signes fragiles d’intime piété nichés sur l’arête d’une toiture privé, là. En surplomb du village, enfin, un fruste enclos de pierre juché sur un plateau rocheux attire immanquablement l’attention.

Le Champs clos. On croirait le site bâti par quelque antique peuple féru d’idole et ferré dans la science d’en dresser les autels. Le Champs Clos pourtant n’est que l’œuvre d’un abbé ; suivi par ses paroissiens, qui, souhaitant réanimer la foi après la grande Révolution de 1789, s’essaya à exprimer très simplement sa religion. Il s’en acquitta en remettant au goût du jour les marques d’une foi manifestement ancrée dans l’archaïsme et les traditions, comme en puisant aux fondements du culte.

On se tromperait de voyage. Ce chemin de croix passe facilement pour une succession de croix épannelées par des mains romanes du XIe siècle. Naïves figures sous lesquelles la fidèle ressemblance à la nature n’a pas fourni de sujet suffisant aux élans de l’âme.

L’église du village est en bas, qui, avec son chevet, a pu offrir le souffle, l’inspiration, à l’esprit et à la main.

Chevet roman de l’église de Rosières

Quand la simplification des formes de la nature, humaine ou végétale, n’est pas infuse mais qu’elle procède d’un goût, d’une manière de simulation, de recherche, que croire de l’art qu’il génère? L’abstraction se paie  alors d’un luxe et d’une marque de raffinement qui n’a à faire que de la forme.  Ici pourtant foin de posture bourgeoise, ni de néo-roman. Tout se passe comme si l’esprit se mettait en situation de raconter une histoire plus ancienne que l’homme en tentant de la porter, la perpétuer, la rendre aux siècles. Il dit : donnez-moi un outil, une terre et un peu de votre temps et vous verrez ce que je peux faire.

Parfois l’expression ne peut trouver sa voie en dehors du cri, de l’exclamation brute, de l’intuition, sans risquer la profanation. Ainsi soit-il.

Christ flanqué des symboles de la lune et du soleil

***

L’enceinte du calvaire est à appareil irrégulier, hissée sur un socle de granit. Sa forme, en fer à cheval, évoque la nef et l’abside d’une église.

Tandis que les croix, nombreuses qui hérissent cette enceinte, sont nues, celles qui ornent le centre et les autels sont ouvragées (moulures et pommes de pin). Y figure le christ, flanqué des deux larrons.

 

Les commentaires à son sujet  rappellent que la procession s’appliquait plus volontiers aux cérémonies funéraires. Au pied de la croix la plus au centre se voit d’ailleurs une table des morts. Le cimetière communal enfin n’est pas très loin.

Entrée du calvaire
La cabale et la fronde. Les législatives de Villeurbanne.

La cabale et la fronde. Les législatives de Villeurbanne.

Je me suis rendu jeudi dernier à la maison des associations des Buers et Croix Luizet. J’entendais assister à un authentique débat entre les principaux candidats aux élections législatives dans ma circonscription de Villeurbanne. Autour des deux animateurs siégeaient quatre candidats seulement : Bruno Bonnel pour la République en Marche, Emmanuelle Aziza pour Les Républicains, Najat Vallaud-Belkacem  pour le Parti Socialiste, Béatrice Vesiller enfin pour Europe Écologie Les verts.

Ils ont parlé, parfois bien, d’autres fois moins bien. Il aura beaucoup servi de répéter en écho et avec les accents bêlants du consensus que notre force, à nous villeurbannais, tenait dans notre mixité sociale, notre exigence de poursuivre ce modèle de réussite du savoir-vivre ensemble et dans une respectueuse harmonie.

Mais quelles propositions forment-ils donc au niveau de l’État ? Le monde dans lequel nous vivons se défait. L’argent, les inégalités, le corrompent et le tuent, et il y a longtemps enfin que les politiques qui le règnent ne représentent plus qu’eux-mêmes. Quelles nouvelles garanties offrent-ils donc ? Comment maintiendront-ils, ou plutôt comment restitueront-ils, les conditions de l’harmonie dont ils parlent ? Puisque tout repose sur le socle de services indispensables conditionnés par l’argent public, qui regroupent les besoins en santé, en éducation, en culture, le tout investi durablement dans les biens inestimables que sont la paix, la subsistance, le partage, la justice sociale, j’étais disposé à entendre de quelles manières ils déclineraient leurs candidatures respectives en autant de points de vue.

 

J’éprouve un amour infini pour les vieilles et neuves soupières de la politique, celles dans lesquelles tout finit toujours en vieux bouillons, et j’ai une patience à les entendre cuisiner et bavarder, autant que si j’entendais des professionnels de l’incendie occupés à de doctes discussions devant une maison en flammes. Je résume donc : il y a eu là cette dame dont on n’aurait pas eu d’excuse ni d’alibi à méconnaître qu’elle était avocate et qu’elle agrippait le barreau depuis tellement d’années que même le barreau en avait des crampes, et aussi vrai que les mots de punition et de coupable responsabilité fusaient hors de sa bouche à la moindre occasion. J’ai poussé la témérité à l’écouter, gageant qu’en matière de vertu, de tribunal, de justice, et de barreaux, chez les républicains, on savait fort bien et de longue main son affaire.

Puis, il y a eu cet autre, un homme d’affaire, un faiseur de gros sous, lequel, à l’image de son chef, je n’ose dire du chef de l’État, ne forme de souhaits que de très consensuels,  gageant qu’il nous faut rassembler sans nous diviser et ne jamais nous diviser sous peine de faillir à nous rassembler : nous rassembler enfin autour d’une idole libérale à souhait et qui nous boutera le feu dans chaque repli de la société en plus de nous le bouter à la peau. Et nous feindrons de l’applaudir tout en feignant d’abord de ne pas nous bruler le bout des doigts.

Il y a eu cette autre encore qui citait et dépeignait les maux de la société avec une telle perfection qu’on en aurait voulu l’élire sans trainer si on n’avait été troublé en s’interrogeant, quand même, comment une personne si versée dans le malheur de ses concitoyens n’avait pas trouvé le loisir d’user des moyens qu’elle proposait de mettre en œuvre pendant toutes ses années passées à l’exercice du pouvoir.

J’en passe. Ne manquait à la composition du tableau municipal que le candidat et élu PC, drapeau rouge naguère, délavé jusqu’au rose PS à force de se frotter à la jambe du maire. Lui c’est le meilleur : mélenchoniste aux présidentielles quand c’était le moment, anti mélenchoniste depuis que Mélenchon s’est fait couper les cheveux sans doute, ou peut-être plus vraisemblablement depuis que les petits intérêts locaux du parti ont repris le dessus.

Il est bien certain que tous ces gens représentent dignement la vision qu’ils se font de l’intérêt général et du rôle d’un député. Vous allez d’ailleurs en juger.

Coupe transversale sur éléphants du PS. PS qui, au 1er rang, met toute son assiduité au réseautage

Quelle première et désagréable impression que de paraitre donner son assentiment par sa seule présence à un show organisé par la municipalité. Nous devrons en juin choisir un député pour l’Assemblée nationale chargée de composer avec le gouvernement et voter les lois du pays. Son ressort est national et sa place décisive à l’État français. Pourquoi alors les forces politiques réunies à la table se sont-elles épanchées si complaisamment sur des sujets éminemment locaux par leur essence : le défaut de transport dans les quartiers de l’est, l’amour et l’enracinement personnel au pays villeurbannais depuis l’époque de Louis VXIIII au moins, le prix de la cantine au Lycée Jacques-Joseph Duracell, et que sais-je encore ? Pour quoi sinon flatter et trouver son public, instrumentaliser les débats du quotidien afin de glaner un suffrage obtenu par le sentiment d’une sympathique proximité ?

Ces gens sont presque tous issus de l’actuelle équipe municipale. Ils m’ont produit l’effet de n’être là qu’à préparer leur remise en service, en astiquant leurs charentaises, au lieu de se saisir du débat de l’avenir du pays. Ils ne préparaient nullement le discours des fonctions législatives. Non, cette parade n’était destinée qu’à organiser la succession dans les affaires très résiduelles de la ville. Et moi, pour une fois, je n’étais pas venu pour savoir à quelle sauce Villeurbanne allait être mangée, ni m’éclairer sur ce qu’on allait bâtir ou démolir juste en face de chez moi.

Ainsi, une partie du débat s’est étirée dans ces considérations hors de saison. Et, pendant qu’autant de belles personnes se mêlaient de s’adresser aux gens pour leur remontrer tous les avantages qu’il y aurait à faire son choix d’un élu tiré du conseil municipal plutôt qu’un autre élu tiré du même conseil municipal, quelqu’un est intervenu. C’était un autre candidat, celui de la France Insoumise.

 

Il était en colère, je le comprends. Il n’avait pas été convié à prendre place auprès des grands. Relégué pendant toute la durée du débat parmi le public, ce candidat paraissait à son avantage, chez lui, à sa place, dans cette foule à laquelle on l’avait assigné en croyant peut-être le dénigrer. Rompant avec la posture avachie de tous les attablés comme avec celles de tous ces autres qui ne regardent plus le peuple que comme une bête curieuse, et qui vont quémandant son suffrage aux heures du vote parce que c’est la démocratie qui l’a dit, il s’est avancé afin de prendre parole.

Je me suis retrouvé à écouter un homme, seul contre tous, qui, contrairement aux autres, ne feignait pas de défendre son point de vue sur la couleur du béton des trottoirs, ni sur l’urgence d’élaguer les platanes du cours Tartenpion. Il n’a pris parole que pour rappeler ce qu’était une campagne législative. Cette correction devenait pressante. Sans doute en a-t’il toujours été ainsi, ici à Villeurbanne, c’est-à-dire dans une localité dont les contours épousent si exactement celles de la circonscription que les débats virent inévitablement en appel du pied de la mairie, et la voix des législatives en réunion de quartier.

Non, un député ne dispose d’aucun pouvoir direct sur la circonscription qui l’élit. Il œuvre au national et concourt aux décisions d’envergure dont les retombées sont nécessairement particulières mais jamais à désignation locale. Messieurs, mesdames, la démocratie ne se porte pas très bien. Vous pouvez faire semblant de ne pas le voir en niant la portée de ces élections-là et vous complaire à recentrer son débat, corriger sa trajectoire, sa dynamique,  afin de la cantonner au carré aux choux ou au bac à sable, mais vous ne lui rendrez pas service.

Cette intervention, Laurent Legendre l’aura saisie pour interpeller le public sur un point de cohérence. En effet, l’Avenir en Commun, programme de son mouvement, déjà établi, porté depuis de nombreux mois, lui sert de fil rouge, et correspond par la forme à ce que l’on est en droit d’attendre d’un authentique programme législatif : la clarté des positions défendues dans ce texte, rassemble tous ses députés quel que soit leur lieu d’origine. La défense d’une ligne directrice, claire, définie ne devrait pas être rejetée dans le superflu.

Or, deuxième aspect de la mascarade municipale,  toute l’assemblée s’était réunie dans le plus profond mépris de la deuxième force en jeu à Villeurbanne : cette France Insoumise, qui, lors des présidentielles, a obtenu un score suffisant à la hisser à la deuxième place, et qui à un point supplémentaire se mettait à jeu égal avec le candidat de la marche arrière et de la reculade. Dédaigner d’inviter au débat son représentant, voilà un mystère presque digne de ceux que l’on jouait au moyen-âge. Et si je devais émettre un regret supplémentaire c’est de n’avoir vu le maire quitter son siège au 2e rang pour enfiler son costume puis se mettre à jongler après avoir accompli une roue de son cru.

Comprenez bien ce que je dis là : il y a eu des gens pour penser cette communication, ils se sont concertés, ils ont discuté, ils ont lancé des invitations et même fait dessiner des petits écriteaux en carton aux noms des intervenants pour les aligner le long de la table, ils ont commandé des petits fours et fait venir des bols de pistaches, mais au bout de tout cela ils n’ont pu arriver à d’autre conclusion que d’exclure, sans doute au nom de la démocratie et des besoins de représentation de la pluralité politique, la deuxième force à Villeurbanne. C’est une anomalie plus grotesque qu’une tentative d’enfouir un corps dans un jardin tout en s’observant à la pudique révérence pour mieux donner le change.

Ces gens-là, à la France insoumise, sont des milliers. Ils se sont élevés contre l’usurpation de la démocratie, contre le désastre social et écologique auxquels s’adonnent nos nations sous la férule d’une oligarchie politique et financière qui ne susurre le mot « peuple » qu’à l’heure de la comédie ou de la grimace. Qu’on révère ou non leurs positions, rien n’autorise à fouler aux pieds leur représentant. Les élus locaux veulent-ils persévérer dans un rôle de prestidigitateur et par là-même fossoyeurs de la démocratie ? Vont-ils achever de serrer le nœud qui lie fatalement politique nationale à politique locale dans une même collusion de figures et de postures? Ce nœud garrote la citoyenneté. Voilà déjà un emploi révélateur de l’entre-soi de ce monde-ci.

 

Mon sujet n’est pas de m’épancher sur ce que je pense de la France Insoumise ni de donner la réplique à ses détracteurs. On a le droit sans doute de prétendre que l’augmentation du SMIC est une aberration, et pourquoi pas de l’accompagner d’une proposition de rétablissement du fouet au travail, semblablement rire à la face des authentiques tenants de la parité homme/femme, prétendre que le partage des richesses, la transparence ou le contrôle des élus est une mauvaise farce, prétendre enfin qu’il est impossible de produire et consommer autrement qu’en détruisant à la fois la nature et le fondement des sociétés humaines. Le débat ne se situe donc pas dans un tel chapitre de pensée.

Il ne se situe que dans la cohérence, la question de la justice de représentation médiatique dans un système prétendument démocratique. Mais il est d’autant plus extravagant et criant d’injustice que ce débat exclue délibérément de son dialogue un mouvement qui, à l’heure de la scène électorale, rencontre avec une telle véridicité les enjeux de notre politique. La France Insoumise affirme que le choix du député qui nous incombe est précieux et qu’il n’est pas d’intérêt local qui ne s’inscrive d’abord dans un programme d’adhésion, un programme capable de donner sa feuille de route au représentant qu’il aura élu. Un programme d’intérêt général, écrit par et pour le peuple, et qui se distingue par les atouts de la clarté.

Le candidat Laurent Legendre en discussion avec le public après son intervention remarquée
Démolitions des N°1 et 51 Rue Saint-Isidore

Démolitions des N°1 et 51 Rue Saint-Isidore

La rue Saint-Isidore commence et finit mal. Ce sont deux projets distincts menés à chacune des extrémités de cette rue qui signent le ravage de ce ravissant petit bout du quartier Montchat.

N°1 de la rue St-Isidore peu de temps avant démolition

Saluons au moins l’esprit de constance qui règle le timing des démolitions. En effet, l’union dans le néant des deux entrées de la rue s’autorise de la plus stricte synchronisation. Il importait sans doute de refuser aux passants désireux d’emprunter la Saint-Isidore tout accès qui ne leur fût déprimant.

Voilà pour les N°1 et N°51. De ce point de vue le calcul peut nous apparaitre amplement facilité : entre les deux  il en reste tout juste 49 autres, des numéros complémentaires en somme, largement de quoi projeter, démolir pour reconstruire. Même les non matheux s’y retrouveront sans peine.

Le premier cas qui nous occupe, le numéro 1, est déjà tombé. Pourtant la maison qui se tenait ici avait fière allure.

N°1 rue St-Isidore quelques mois avant la démolition

Avec son clos ombragé et ses petites dépendances elle faisait jadis partie d’un ensemble industriel qui s’étendait plus au sud sur la rue et qui mettait en œuvre divers ateliers. Ne disposant guère d’éléments historiques sur son sujet, me trouvant par conséquent dans l’incapacité d’un long discours, je privilégierai l’image :

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous servir le fouillis de branches qui ensevelissait la vue :

Et vous verrez, si d’aventure vous empruntez la rue prochainement,  combien le lieu à changé. Pour l’occasion ne manquez pas le tas de bois fraichement tronçonné qui évoque le bon souvenir de l’arbre qui se trouvait là, bien en tas, à sa place, au coté des autres tas, triés au propre et par étiquette.

La cour passée, on accédait à la maison par une petite volée de marches pourvue d’une sobre rampe en fonte, avec son palier surmonté d’une marquise :

Relevons enfin que la maison se signalait d’assez loin et s’harmonisait avec la maison sise en vis à vis, façon de résistance devant la station de tram Reconnaissance-Balzac, farouchement, dégueulassement moderne.

L’arrière du N°1 rue St-Isidore et son vis à vis

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Quant au second cas, au numéro 51, il s’agit d’anciens ateliers. formant carrefour avec le Cours du docteur Long :

Il se trouve, ironie du sort, que j’avais illustré mon premier sujet sur Montchat par une photographie de ce bâtiment. J’étais loin de me douter alors qu’un panneau de démolition devait y fleurir quelques deux mois plus tard. Ne lui aurais-je pas d’ailleurs porté la poisse?

Il s’agit d’un paysage industriel haut en couleur, avec fronton à l’angle sur le cours du docteur Long, et qui ne manquerait pas d’inspirer des projets d’usage, affectation et réhabilitation, la multiplication d’un petit rêve tranquille et harmonieux.

Enfin, contentons-nous d’imaginer cette succession de sheds, restaurés, relookés, colorisés et mis en valeur. Acceptons la modernité, celle-ci tout du moins, celle qui est présentée comme du poisson et présentée à la cantine comme un carré de poisson pané.

Il parait que nous n’avons pas le choix.

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Emplacement actuel du N°1 rue St-Isidore

 

 

Pétition en faveur des N°9, 11 rue Paul Bert et N°10, 12 rue Moncey

Pétition en faveur des N°9, 11 rue Paul Bert et N°10, 12 rue Moncey

Un petit mot afin d’évoquer le devenir de ces maisons, celles-là :

Source Google Maps

Elles forment l’entrée actuelle des rues Moncey et Paul Bert, les dites rues rayonnant depuis l’ancienne place du Pont. Disons plutôt qu’elles rayonnaient, selon un plan beaucoup plus lisible autrefois, avant que l’espèce de gros arrondi dont je vais parler un peu plus loin ne vienne s’épater en plein milieu.

Le 12 rue Moncey en rose, avec à droite, dépassé de plusieurs étages, le N°10. Ces immeubles font dos aux 9 et 11 de la rue Paul Bert.
La façade rose qui abrite le 9 et 11 rue Moncey

Ces maisons-là que pourrait-il  leur arriver, vous demandez-vous peut-être, elles qui sont faites pour durer encore 500 ans ? La crue monstrueuse du Rhône de 1840, et les suivantes, leur ont gentiment caressé l’orteil, et quand au matin elles ont ouvert les paupières, les pieds dans l’eau, elles ont simplement daigné jeter l’œil  en bas, souriant d’un air tranquille comme à l’heure du bain de pieds. Car des inondations comme celles-là, elles peuvent en subir encore quelques-unes avant d’être jetées bas. Et, tandis qu’à l’autre bout de la rue Paul Bert, les eaux emportaient les masures en pisé, ici de ce centre neuf de La Guillotière qu’avait voulu son maire, Vitton, jaloux de sa voisine et rivale, Lyon, la pierre a demeuré pour durer et défier les siècles.

L’eau n’a pas réussi à détruire, il faudra le concours d’une volonté humaine pour l’y aider. Voilà le projet absurde dans lequel s’enferme actuellement la municipalité.

Et c’est dans un argumentaire confus et incohérent que la Ville défend, entre autres sujets, l’ouverture d’une perspective depuis l’autre bout de la rue, alors même que cette perspective est parfaitement compromise par le monstre qui occupe la place et barre littéralement la route depuis les années 90 : le C.L.I.P.

Oui, c’est son petit nom. Moi, naturellement, j’ignorais tout bonnement qu’il en avait un et je me bornais à passer devant sans seulement m’en douter.

Le C.L.I.P, plaqué devant le 9-11 rue Paul Bert, visible en rose

Cet acronyme en vaut un autre, et si le T.R.U.C. est réputé ce n’est pas seulement pour ses remarquables filets de pêche antichute de plaques de parement suicidaires ou kamikazes déterminées à  se jeter sur la tête des trop téméraires passants.

Arrière du C.L.I.P, avec à gauche les 10 et 12 rue Moncey

En effet, outre sa proverbiale vaillance architecturale, qui ne laisse pas d’enthousiasmer sur l’infini potentiel d’un contemporain bâclé, la tronche en biais adolescent  déjà dans l’âge de sa vieillesse, il est aussi reconnu pour éclipser totalement l’entrée de nos rues Moncey et Paul Bert, qu’il défigure sans vergogne. Après en toute sincérité, cet édifice, je n’en pense rien, lui et ses bas résilles vintages, je l’ai toujours connu ici et comme ça. Mais il y a peu de débat à avoir sur la question de la légitimité de sa place en ces lieux :  c’est un ovni. Idem à la question de savoir ce qui  ici  bouffe la vue et la lumière.

Dans cette mesure, il me semble mal venu à titre de rachat d’une première erreur  (la construction du CLIP), d’en proposer une seconde (démolir ce qui est autour du CLIP et ne gène nullement).

Rue Paul Bert en direction de l’ouest avec à l’extrémité le 9-11 rue Paul Bert dans son exact environnement.

Ce quartier est un quartier vivant qui n’a rien à  gagner ni dans la perte de logements, ni dans celle de commerces, ni enfin dans la perte de ses repères. Tout ceci me parait d’ailleurs amplement démontré dans cette vidéo créée par le collectif Moncey-Ballanche.

Et dont voici la pétition !

 

Il fait si bon passer sous le C.L.I.P. Seul bémol cette sale tache rose du XIXe (encore une) qui défigure son royal parking.
Pétition pour la conservation de l’église Notre-Dame de l’Espérance (Villeurbanne)

Pétition pour la conservation de l’église Notre-Dame de l’Espérance (Villeurbanne)

Notre-Dame de l’Espérance.

Aussi vrai que l’espérance est un concept universel et porteur d’avenir, jamais il ne devrait être permis à quiconque de se voir ôté d’espérer.

C’est sans aucun doute de plus prosaïques pensées que je ruminais, il y a de cela quatre à cinq ans, quand en quête d’un abri de fortune, je rodais dans les parages de cette église méconnue, perdue au beau milieu de la rue Francis de Préssensé. Vaquant dans le secteur à mes nobles occupations d’intérimaire (exploité), je lorgnais très favorablement à l’heure de la pause du coté de son porche amène qui nous garantirait des intempéries, moi, mon casse-croûte, et mes indéfectibles envies de sieste. L’église et son porche d’ailleurs, en m’accordant leurs faveurs sans que jamais je n’aie trouvé à m’en plaindre ce jour-là, ni aucun des suivants, paraissaient me payer d’une splendide réciprocité de sentiment. Toujours là, à la même heure.

J’ai redécouvert tout récemment le souvenir de cette église, et cette Madeleine de Proust m’a causé bien du dépit : Son passé me revenait cependant que son devenir paraissait sévèrement compromis.

Gardez-vous de la juger fort laide, fort triste ou de lui trouver les pieds carrés. Cette église est l’héritage du Corbusier par son disciple Genton, lequel dota en 1966 l’humble paroisse au carrefour des rues Anatole France et Francis de Pressensé de volumes qui entrèrent en résonance avec la modernité. Je ne prétendrais jamais pourtant qu’il faille abandonner aux émérites érudits et autres techniciens lampadophores les termes du bon gout et du jugement esthétique, ni assommer les foules avec un nom d’autorité. Je dis que la connaissance éclaire et qu’elle ne parachève jamais tout à fait chez personne sa besogne ni sa lutte.

Prenez alors, tendez les mains vers l’espérance. Non pas des mains bigotes mais des mains charitables, s’il vous plait, vous ferez mieux. Et prenez le temps de la regarder.

Et demandez-vous enfin si l’anticléricalisme est une marque d’engagement si nécessaire en notre début de XXIe siècle, spécialement quand il consiste à jeter à bas une église, c’est-à-dire une œuvre de paix et de rassemblement?

Moi qui ne présente le tort de n’être ni croyant, ni réactionnaire, ni identitaire, ai-je vraiment à prendre parole pour assurer qu’on peut n’appartenir à aucune de ces catégories et tenir à la pérennité d’un édifice fait pour durer et pour rassembler?

Non, soutenir une église ce n’est pas toujours faire preuve de sectarisme mais s’ancrer, puiser dans nos ressources pour esquisser un devenir commun, une trace, une mémoire, fédérer autour d’un croyance qui n’est plus cultuelle quand l’église d’ailleurs n’est plus au culte. L’église, c’est l’une des cartes de visite de la France, une parmi tant d’autres.

Comment alors voudriez-vous que ces gens ne crient pas à la dépossession,  à plus forte raison ici où, à deux pas des immeubles des usines Gillet, les habitants, les classes laborieuses, ont payé de leurs deniers son érection ?

Les immeubles Gillet au 1er plan. Au second plan, l’église.

Et les autres, ceux qui ne croient pas, n’ont jamais cru et ne croiront jamais, ceux-là ce sont les mêmes, car cette église c’est aussi la leur. Dans ce monde qui bouge sans savoir où il va, les gens ont besoin de conserver leurs repères, les marqueurs imprimés dans leur paysage culturel. Car même si cette église ne s’ancrait pas, ne puisait pas dans notre histoire la plus intime, comment souscrire avec tant de désinvolture à la condamnation d’un lieu qui porte la spiritualité, la spiritualité qui manque tant à nos têtes éprises et malades de rendement, de consommation et de matérialité ?

Alors il en va de cette église comme de tout autre lieu de culte. Nous voulons vivre ensemble, tous ensemble et en paix. Ce qui implique de ne fouler aux pieds le symbole d’aucune foi, de ne fouler ni celui-ci au bénéfice de celui-là, ni celui-là au profit de celui-ci. Le respect se nourrit de réciprocité, aussi nous n’avons nul besoin de sacrifier, de consacrer à aucun autel, le signe spécifique des uns au profit de celui des autres. Aucune idéologie soucieuse de progrès n’exige de telle démonstration de force.

Au contraire, elle se doit de rassembler, rassembler tout le monde, pour se ménager un avenir. Nous voulons donc que notre ville conserve les pierres qu’ont posées les générations qui nous ont précédés, qui croyaient, qui ne croyaient pas, mais qui ont œuvré ensemble, et que ses œuvres fassent sens commun. On ne rassemble pas les gens en tirant à boulets rouges sur un symbole attaché à une communauté, quelle qu’elle soit. Nous voulons vivre ensemble tout simplement, parce qu’il n’existe pas de choix plus raisonnables et salutaires. Et ce n’est pas d’une telle marque de dédain que nous avons besoin.

Qu’elle continue donc à rassembler, l’Espérance, entre ces murs. N’importe la manière : un autre culte, une autre œuvre, une école ou même une association, mais qu’elle continue à rassembler. Et qu’une tête aussi bien faite que celle qui l’a produite hier, lui pense aujourd’hui une suite.

 

Pétition de l’asso Cadre de vie et patrimoine, en ligne : Ici.

Plus d’infos sur l’église par Mélanie Meynier, doctorante et confrère, sur le site du Rize +

 

Démolition 46 rue Julien et 15 rue Camille

Démolition 46 rue Julien et 15 rue Camille

Quand, du coté de Monchat, tu te portes à la rencontre de Camille et de Julien avec le sentiment de passer un tout petit peu trop tard, et que tu te demandes alors : « Mais qu’y avait-il donc ici la semaine dernière, Sacrebleu, avant ce pittoresque trou d’obus ? »

Réponse grâce à Google Map et sa fabuleuse machine à remonter le temps :

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Source : Google Map, 46 rue Julien, Mai 2014

Ah, d’accord. Merci Google de conserver une trace plus indélébile de notre patrimoine lyonnais que ne le fait la municipalité.

Après une brève enquête, il apparait que la maison démolie au 46 de la rue Julien était au début du XXe siècle propriété de la famille Blain. Quant aux terrains mitoyens à la même époque, ils appartenaient à Allamel ; Allamel, société toujours en activité (atelier de plomberie) dans la maison en bout de parcelle au sud (qui ne semble pas concernée par le projet).

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Carrefour des rues Julien et Camille. Vue sur les ateliers Allamel attenants à la maison Blain, au 46, déjà démolie, naguère dans l’emplacement vide à gauche.

Si la maison au 46 rue Julien n’a plus nom ni visage, l’avenir, lui en a trouvé dans ce programme signé Katrimmo : 7 à Montchat.

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Le quartier Monchat, son cadre idyllique, y est mis en avant et constitue un convaincant argument de vente, mais sans qu’à aucun moment ne soit passée par la tête des promoteurs  l’idée de composer avec lui ou de le respecter. Voilà donc le genre de programme immobilier qui capte à son profit l’aménité du cadre mais sans en respecter l’essence, le tout avec un opportunisme qui mériterait des coups de pied dans le derrière.

***

Après un panneau si promoteur, prometteur, on reste naturellement sur sa faim, et ça se comprend sans peine. Vous voudriez vous faire une idée plus nette de ce que projet prépare concrètement sur le terrain ? Il suffit de faire trois pas. C’est chemin faisant en effet, dans n’importe quelle direction et sans grand risque de se faire des ampoules aux pieds, qu’on tombe nez à nez avec diverses curiosités architecturales présentant un air de parenté, dont voici un magnifique échantillon :

17 rue Julien
17 rue Julien

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Tiens tiens, Katrimmo, vous ici ? Comme on se retrouve.

Au reste, qu’elle soit ou non le fait de Katrimmo, cette inestimable architecture compte de nombreux émules dans les parages. Et on ne s’en lasse pas : non seulement elle s’intègre parfaitement au quartier mais en plus elle puise dans un registre qui offre naturellement à l’œil les richesses d’une grande variété, spécialement pour ceux qui collectionnent chez eux les cubes sous tous leurs aspects : Rubik’s cube, Apéricubes ® (l’apéro à pleins cubes), GameCube, ainsi que les DVD des films Cube et son inestimable suite Hypercube, etc.

Bref (on s’épuiserait en illustrations) :

Angle rue Antoinette et Charles Richard
Angle rue Antoinette et Charles Richard où la fascination du cube est devenue une institution

Des cubes enfin qui ont de l’avenir :

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Pourquoi en effet s’arrêter en si bon chemin?

 

 

 

Démolition : N°16 rue de la Convention, Villeurbanne

Démolition : N°16 rue de la Convention, Villeurbanne

N°16 rue de la Convention, à gauche le N°18

De passage à proximité de la place Albert Thomas, jadis place de la Cité Lafayette, et ayant  lu sur le panneau placardé contre le N° 16 de la rue de la Convention, fragile et ingrat petit édifice villeurbannais, « Démolition partielle de bâtiments » au « 16 et 18 rue de la Convention » j’étais curieux de savoir quelles seraient l’ampleur et la nature des démolitions sur les bâtiments désignés. A ces fins j’avais pris des photos, paré au jeu des 7 erreurs.

Voici donc le résultat d’une « démolition partielle » exercée sur les N°16 et 18 :

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Emplacement du N°16 rue de la Convention, à gauche le N°18.

Si on distingue à gauche sur le cliché le N°18 intact inchangé, le N°16, lui, parait avoir été victime d’un escamotage bien plus entier que partiel. Bravo, super.

– Mais qu’est ce qui peut bien faire qu’on écrit toujours autant de conneries sur ces panneaux bon sang, me questionnais-je alors, à la lueur grisâtre du matin suivant, devant mon bol de céréales, pétri de perplexité au sujet de la bombe impromptue qui s’était abattue à deux pas de chez moi.

C’était en vain que j’adressais en moi-même de telles questions, lesquelles, par l’épaisseur du mystère qui les entoure – nous le savons à présent- relevaient presque de l’incantation. Mais  je profite en revanche de l’occasion pour diffuser l’impérieux message que m’a inspiré cette réflexion qui n’allait pas sans l’épiphanique vérité de Noël. Et c’est aux cancres de toutes espèces que je souhaiterais l’adresser, ceux du rang du fond. Oui, vous qui à mon instar lors de l’interro d’anglais séchiez et tout à la fois osiez,  la où d’autres eussent reculé, sans balancer devant l’emploi d’une forme inédite d’un prétérit d’un verbe un peu relou, ou à la confection sur mesure et non moins hardie du fameux vocable qui vous manquait en classe d’espagnol en vous disant « bah, ça se tente ». Vous en usiez sans grande conviction, sans grande science, ni grand conscience enfin, mais toujours portés par la force du cœur, et tels enfin vous décliniez les lettres au hasard et au gré de votre fantaisie, comme si ces lettres puis les mots ensemble n’eussent d’institution ni de sens que ceux que vous voulûtes leur accorder :  voyez donc quelle bénédiction a inspiré à son tour ces bons commis à la voirie, et autres troubadours des temps modernes au casque jaune, auxquels comme à vous jadis, la seule consigne de rédaction semble avoir été :

« Respirez, détendez-vous et surtout suivez votre instinct, écoutez votre cœur, vous pouvez écrire tout ce qui vous passe par la tête aujourd’hui sur ce panneau, de toutes façon tout le monde s’en fout. »

C’est sur ce modèle que je me suis emparé du sujet pour proposer mes propres versions pour ce chantier.

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Le propos n’étant évidemment pas d’incriminer à la légère qui que ce soit dans cette affaire pour des histoires de numéro ou de choix des mots. Non. Imputer une irrégularité d’affichage relevant d’une imperfection de dénomination ou de décompte dans ces numéros serait  d’autant plus oiseux qu’on sait combien il s’avère difficile parfois de compter correctement et sans risque d’erreur au-delà de 10, soit le nombre de doigts dont on dispose d’ordinaire pour s’assister dans la tâche.

Et puis, ça va,  c’est Noël.

Aussi, et par respect de l’esprit de Noël, je m’en tiendrai à de simples observations aussi objectives que possible, juste de quoi poser les repères élémentaires à l’appréhension d’un panneau de voirie, tel qu’il figurait ici dans sa démolition partielle de bâtiments au 16 et 18 rue de la Convention.

– Ainsi le plan cadastral tiré de cadastre.gouv.fr, qui semble une source officielle qui permettra de se mettre au clair sur la localisation et l’attribution des N°16 et 18 :

cadastre-gouv-parcelle-14-feuille-000-co-01-commune-villeurbanne-69
Sources : cadastre gouv Parcelle 14 Feuille 000 CO 01 – Commune VILLEURBANNE (69)

– Ainsi la définition du terme  partiel : Qui constitue une partie (d’un tout) » extraite du CNRTL, là encore une source qui parait officielle.

– Je crois enfin le terme démolition parfaitement inutile à définir, ici à Villeurbanne, car nos contemporains en ont une parfaite intuition qui leur suffira.

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Cette petite maison ne payait pas de mine. Depuis un incendie, intervenu à une date récente et auquel son projet de démolition partielle ne devait rien, elle ressemblait davantage à une crotte fossilisée. Il n’empêche, je la soupçonne de se tenir là depuis les origines du quartier,  soit les années 1830, époque dont trop peu de maisons du coin ont subsisté pour pouvoir porter un témoignage urbain très conséquent. Et puis, rappelons-nous au passage que les choses à nos yeux bien souvent ne sont rien d’autre que ce qu’elles paraissent être devenues à force d’abandon et de négligence.