Façadisme, 43 rue Raulin, Lyon

Façadisme, 43 rue Raulin, Lyon

Je mentionne brièvement une opération de façadisme au 43 de la rue Raulin, dans le quartier des universités.

Elle suit son cours depuis plusieurs mois. Et selon qu’on se trouvera d’avantage amateur de contenant que de contenu, d’emballage carton que de sa substance alimentaire, on s’applaudira ou non d’une entreprise qui consiste à dépouiller un édifice afin de ne conserver que sa coquille.

Centre de la façade avant démolition en été 2016

Par exemple, si je vous demandais si vous vous sentiez enclin à faire le choix de la beauté extérieure sur celui de la beauté intérieure -insoutenable dilemme-qu’en diriez-vous ? Peut-être qu’au quotidien rien ne vous réduit à de tels choix, à plus forte raison quand vous pourriez vous assurer des deux. C’est précisément ce à quoi je pensais en compatissant au sort qu’on réservait à cette gracieuse petite maison, dont l’entrepôt spacieux qu’elle dissimulait, parfaitement sacrifié dans le projet, n’était sans doute pas, sous prétexte qu’il était invisible de la rue, sans intérêt .

Vue d’ensemble sur la façade, été 2016
Détail sur les baies des parties latérales de façade avant démolition, été 2016

Le dit projet, à ce que j’ai lu, implique la création d’un hôtel en cœur d’ilot, l’ancienne façade destinée à jouer le rôle de figure de proue, projet accompagné d’une extension pour le cinéma Comoedia, mitoyen.

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Je dois reconnaitre au façadisme quelques belles réalisations, de dignes associations en parfaite tension entre modernité et passé. Il en est ainsi souvent de ce qu’on se donne comme contrainte, contrainte à l’imagination, et qui impose au génie le dépassement dans une recherche créative. L’œuvre architecturale peut parvenir à déjouer la contradiction et sublimer son état passé.

Un argument pourtant  à nuancer et dont la vérification se perd de nos jours, tant le vite-fait-mal-fait parait mot d’ordre des mesquins programmes de construction, trop souvent, hélas, synonymes de restriction budgétaire et de temps court de création.

Projet, source site PSS

Et puis, je n’ai jamais entendu que le terme « façadisme » soit particulièrement valorisant à ceux auxquels il s’appliquait. Non, ce serait plutôt un « faute de mieux », un « pis-aller » et dont la maigre traduction méliorative dans sa défense ne tient qu’à alibi patrimonial. Ceux qui en usent ici d’ailleurs ne sont pas assez bouchés pour refuser de reconnaître qu’ils feraient mieux avec, que sans la vieille façade d’origine, quoique toujours sans s’embarrasser du reste. Triste petite plus-value que ces oripeaux accrochés à un pied de colosse qui parait sur le point de lui verser dessus.

Le façadisme c’est juste assez pour permettre à ses auteurs de s’étaler dans des déclarations de bonnes intentions patrimoniales qui ne coutent que le prix de l’impression : « Nous avons toujours eu à cœur de préserver cet inestimable patrimoine, la preuve cette façade, conservée dans ce noble geste pétri de conscience patrimoniale et au péril de nos vies, laquelle s’intègre incroyablement à ce projet incroyable, blablablibliblablablou. »

Autant écrire : «  tiens tu vois qu’on y tient à ton patrimoine, on t’a même gardé la façade vu que tu l’aimais bien.»

Ça revient à faire empailler son chien : ça ressemble bougrement à l’original mais ça reste nettement moins attachant. Kiki par exemple depuis qu’il est sur la cheminée, il coûte radicalement moins cher en croquettes mais c’est un bénéfice que son manque d’affection n’est pas sûr de compenser.

Façade ici réduite à son épaisseur de rondelle de salami tranchée de main de maître

A vous de voir dans quelle mesure vous vous accommodez mieux du mort que du vivant (et ici en parfaite considération du coefficient  bénéfice de 3 salles  au Comoedia qui reste par ailleurs un bon cinéma d’art et d’essai).

Ce moindre mal enfin que ce sauvetage de vitrine, qui reconnait tout du moins l’objet architectural, parfois au nom d’un ensemble, d’une perspective, c’est trop souvent hélas l’amère victoire, le remède, qu’on appellerait dans des villes où, tout est si totalement sacrifié qu’on s’honorerait presque de la conservation d’une pauvre petite façade.

Faute de mieux, pis-aller…

Note de l’archi : Penser à la finition du joint de raccord entre passé et présent, là c’est pas terrible

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